01/05/2008
Un post qui va supermarché
Aujourd'hui, fêtons la paresse : je ne travaillerai pas. D'autres l'ont très bien fait à ma place, et avec un goût exquis qui frise la perfection - citons pour l'ex. http://w.mat.cc/articles/2008/03/27/gling/. Rien à ajouter.
Allez, zou, à demain, si vous le voulez bien !
BF
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30/04/2008
Un post qui fait sang blanc
Varions les critiques et proposons un peu de sang neuf sans sang blanc. Pour cela, Sophie Van der Linden, du temps qu'elle était la papesse de l'album avant de se convertir en sus à une nouvelle religion - la politique locale -, fonda la revue Hors-cadre à laquelle participa, en son temps, une active étudiante (et réciproquement) du master 2 professionnel de référence sur notre corpus, au moins pour toutes la Sarthe, le Maine et la région mancelle. Au sommaire du numéro 2 (BLANC.pdf), dirigé et écrit pour partie par la multifonctionnelle SVDL, l'on retrouve aussi Jean-Baptiste Coursaud, stimulant traducteur et intervieweur distingué de vedettes de la production française pour la jeunesse, et Christine Plu qui, comme SVDL, ne manque certainement pas de qualités. La preuve : SVDL et CP interviennent dans le M2 PRO LIJE de l'UVPL, dont le responsable n'est autre que BF. C'est dire si ça soukousse. Pardon, si ça skss.
BF
Rens. év. sur le numéro 1 auprès du site fort complexe du coéditeur : http://www.poissonsoluble.com/main.html.
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29/04/2008
Un post hérotique
Les 17 et 18 mai, les septièmes rencontres du livre d'Histoire de Courbevoie proposeront des "histoires de héros". Des mythiques Ulysse et Arthur aux consensuels Molière et Gandhi, ils viendront, ils seront tous là, avec une forte option pour la jeunesse coordonnée par la librairie spécialisée "Le Bac à fables" avec des animations et venues d'auteurs spécialisés pour les écoles (Yves Pinguilly et Mano Gentil) ou pour les parents, ce qui n'est pas contradictoire (Gilles Bonotaux et Hélène Lasserre pour la collection "Quand papa / maman / mamie avait mon âge" chez Autrement Jeunesse). Rens. : http://www.ville-courbevoie.fr/loisirs/culture/detail-cul... et http://www.kewego.fr/video/iLyROoaftPGS.html pour un reportage sur l'édition précédente.
BF
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28/04/2008
Il est plus tard que tu ne penses
D'un côté, Louisa. Elle vit à Saint-Nazaire, aime les ponts de Nantes qui portent les couleurs japonaises et travaille comme "hôtesse de caisse" dans un supermarché où elle dit la bonne aventure à la sauvette malgré la surveillance de Jean-Pierre, le méchant gérant. Son but : remplir une boîte secrète afin de se payer un billet d'avion, direction Kyôto.
De l'autre, Eimi. Elle vit à Kyôto. Elle va au lycée, pose en bikini pour Jirô, un photographe-gardien de lycée qui la transformera en poupée à qui de mâles amateurs de lycéennes donneront la becquée. Elle doit bientôt rencontrer Louisa.
L'une aime Vincent, pratique pour nourrir Bestiole en cas d'absence prolongée ; l'autre adore Akira (la preuve : elle fait des Photomaton avec lui et se trouve moche dessus, c'est sans doute un signe).
L'une a été abandonnée par madame Violetta, sa diseuse de bonne aventure de mère, dans une consigne de gare. Fumiko l'a sauvée. L'autre est née de Fumiko et de Jean, un amant français qui n'a pas voulu garder de trace de son enfant quand Fumiko est rentrée, enceinte, au Japon (désolé, chère spécialiste des orphelines de tout type, il va falloir continuer le travail...).
Les deux filles ont dix-sept ans quand commence à brûler le feu de la narration. Elles s'écrivent, puisque Louisa, placée en foyer entre-temps, a gardé un lien avec Fumiko, sa sauveuse. Ces soeurs de hasard ont décidé de ne pas s'envoyer de photo. Elles se verront en vrai. Dans quelques jours. Quand Louisa aura rempli sa boîte de billets pour se payer un aller-retour à Kyôto. Mais un jour, à 8 h 29 et 61 secondes, va se jouer un drame devant un lycée japonais, dont l'acteur principal n'est peut-être ni la malchance, ni la négligence...
Le dernier roman de Lisa Bresner (8 h 29, Actes Sud Junior, 150 p., 8,5 €) a une qualité rare dans la production pour la jeunesse : il est compliqué. Pas parce que l'histoire est tarabiscotée, quoique. Pas parce que les phrases sont torturées, carrément pas. Simplement, pour ainsi dire, parce que l'auteur ose jouer de la plasticité de l'écriture. En d'autres termes, ici, la langue écrite n'est pas donnée. Elle se construit en relation avec le récit qu'elle porte. Ce n'est ni mieux, moralement, qu'un texte copiant-collant des expressions toutes faites (hocher la tête, réaliser, déglutir, hausser les épaules, etc.) ni moins bien parce que s'adressant au cerveau des lecteurs : c'est différent et original, dans la production éditoriale pour la jeunesse.
Dans 8 h 29, les langues se dérobent : français, français à la place du japonais (les interlocuteurs sont censés parler en japonais mais on lit du français), français dans le japonais (les interlocuteurs japonais glissent du français dans leur langage), transcription du japonais (passages en japonais transcrits en alphabet latin), traduction simultanée du japonais (un personnage traduit à l'héroïne ce que disent les Japonais), insert de japonais en français (des expressions japonaises se faufilent dans des dialogues écrits en français), anglais non traduit (avec une chauffeuse de taxi, par ex.)... Les focalisations se mélangent : à celles des deux filles s'ajoutent des récits de Fumiko, de Takeshi Kitano le riche aux dix mille fleurs, de Jirô... Les techniques narratives invoquées se multiplient (cinéma, épistole, intertextes, narration...) et les stratégies romanesques se délitent (chapitres aux formes floues, non numérotées, parsemés de lignes de blanc dont la fonction varie)... Les niveaux de réalité se confondent : quand Louisa part au Japon, il nous est rapporté la vie d'Eimi, mais l'auteur stipule que Louisa rêve - est-ce à dire que ce que nous lisons ressort de l'onirique en dépit des effets de réel (explications, mises en situation, multiplication des détails spécifiques, etc.), ou bien le rêve et le récit sont-ils parallèles (pendant que Louisa rêve, Eimi vit sa vie) ? Enfin, les objectifs du récit évoluent : il s'agit de rencontrer une correspondante, de retrouver sa sauveuse, d'apprendre la vérité, de se venger, de fuir la mort qui vous tire dessus, de se faire coiffer comme une lycéenne japonaise, de comprendre les contradictions entre Japon et France, de se suicider, etc.
Certes, le texte pâtit de quelques défauts (tel l'abus des "déjà", "juste", "un peu", ou la récurrence de "ne pouvoir s'empêcher de" : 15, 69, 90, par ex., alors que l'usage sporadiquement excessif de comparaisons peut, lui, être éventuellement analysé comme un signe de la difficulté à dire le réel sans le recours à l'analogie), notamment dans les choix éditoriaux (pas de virgule après les "..." qui précèdent un verbe introductif ; interlignage et interlettrage commodément arrangeants, bien qu'on reste loin du ridicule de A-Apocalypse ; note de bas de page explicative p. 118 mal venue puisque tout le reste du roman joue sur le rapport entre explicite et flou volontaire). Quelques facilités d'écriture ("une rapidité toute féline", 38 ; "mes yeux trop grands, trop expressifs", 98) ne masquent pourtant pas les trouvailles de l'auteur. Citons quelques exemples de jolies formules : "Louisa est entrée dans la vie de Vincent comme un papillon, elle en sortira comme un oiseau de proie, 41 ; "sa jupe courte fait rougir les rochers de la montagne", miam, 61 ; "il est beau comme un poireau", le plus beau compliment lu depuis longtemps, 62 ; "j'ai pris soin de ne rien écraser, pas même une fourmi", précaution qui s'explique à la lecture du texte, 76 ; excellent personnage du tenancier de bar à sushi qui explique : "Je parle beaucoup, et quand il n'y a pas de clients, je parle aux poissons" mais pas n'importe lesquels, voir la très belle scène p. 90 sqq, etc.
En conclusion, même si la promotion paratextuelle insiste sur le storytelling plus que sur la qualité de ce livre (l'auteur a appris le japonais à douze ans, son livre parle beaucoup du suicide et elle s'est suicidée, "partant au ciel" le 28 juillet 2007) - ce que l'on comprend tant ne pourraient être louées ici la facilité de lecture et la conformité aux modèles d'entertainment ou de narration scolaire, censées être les critères de qualité du livre pour jeunes lecteurs -, les amateurs de littérature pour la jeunesse auraient tort de se priver de la découverte d'un texte exigeant qui place, ce qui est rare et précieux (ceci n'est pas un pléonasme), l'écriture au coeur du projet narratif pour la jeunesse. Bref, youpi !
En savoir plus : http://lisabresner.free.fr/, http://www.actes-sud-junior.fr/actualite.php#8h29.
BF
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27/04/2008
Un roman pas hérotique
Qui a dit que la poly-exploitation était réservée aux textes mainstream façon entertainment à l’américaine ? Voici que les auteurs français s’y mettent et se proposent d’écrire leur enfance « comme un film que l’on projetterait [blam] sur écran géant ». Pour cadre de ce produit venu du cinéma d’auteur, au sens propre : les années 1980, décidément à la mode dans l’édition pour la jeunesse ! Après Je suis ta nuit, le roman punchy de Loïc Le Borgne (http://master2.hautetfort.com/archive/2008/04/17/nuit-gra...), voici que nous est gracieusement envoyé par l’éditeur, ce qui est bien aimable, un roman paru le 24 avril 2008 mais situé en 1979. Autant dire un roman historique, comme le sous-entend la couverture attirante, façon nanar de jadis ! Mais si vous ne connaissez rien à cette année-là, pas de panique : l’auteur a prévu des séquences de rattrapage avec name-dropping qui doit ring a bell (Alain Souchon, Candy, Podium…), détails typiques (les jeans customisés, les sacs US…) et style archaïsant (« chouettes », « pimbêche », « la grande gigue » qui « a vraiment l’air bécasse », « chiper », le journal intime qui s’appelle « Michel »), sans renoncer au français contemporain (« je m’en fous », « elle est trop belle », « je réalise », « elle me fait marrer », il « me fait craquer »…). Ceux qui ont connu cette ère rigoleront devant quelques notations pointues, moins démonstratives et hélas plus rares, grâce auxquelles l’auteur caractérise le moment de l'action (par ex. : « C’est l’avantage d’avoir grandi : je ne mets plus de cagoule », 60).
Justement, quid de l'auteur ? On sait que Calouan, après avoir été « ingénieur en environnement », s’est tournée « vers l’enseignement, espérant sensibiliser les jeunes, adultes en devenir [si, si], sur le développement durable et la protection de la planète ». Que l’on se rassure : si, mieux qu’une hostie, Calouan s’est auto-« consacrée » (à l’écriture, en l’occurrence), ce n’est point, dans Ce héros n’est pas mon père (Les 400 coups, « ConneXion », 136 p., 10 €), pour nous faire verser la larmichette de rigueur sur les icebergs en fusion et le bioéthanol tantôt bon ou catastrophique pour la planète, selon le lobby en cause. Il s’agit ici d’une sage rédaction à thème, comme l’édition francophone aime en produire.
Sujet : Caroline vit avec sa mère et sa sœur, un foyer très sansonnien en cela qu’il est « exclusivement féminin », comme celui où a vécu Calouan. Caroline – et notre cyberlectrice doctorante, spécialiste du sujet, s’en réjouira – n’a pas de père, même si « c’est un truc que je n’oserais jamais dire : je suis orpheline de père. Parce que, contrairement à ce qu’a suggéré Alice, la mère de Sandrine, je sens que notre père n’est pas mort », 90. Eh oui, il est juste parti. Alors, faute d’un vrai papounet, l’héroïne, « un peu indisciplinée » – comme l’auteur, nous assure Calouan herself – mais très sage quand même et « pleine d’imagination », se l’invente à sa main. Quand réussira-t-elle à accepter la réalité ?
Bilan : comme souvent, des tics d’écriture auraient gagné à être élagués : même si l’objectif est de mimer le ton oral d’une jeune fille, trop de « vraiment », « un peu », « juste », « bien » et « déjà », par exemple, saturent l’effet stylistique voulu. L’usage des guillemets pour excuser une maladresse d’écriture (« on s’est inventé un nom qui fait un peu ‘pestes’ sans faire cucul », 9), la ponctuation enfantine (« Bien sûr !!! », 12 ; « je ne suis pas si mauvaise !!! », 47 ; « – Salut mon chouchou, tu vas bien ?... », 49 ; « Là, évidemment, vous vous en foutez… Mais pas moi !!! », 73) pour renforcer la mimesis convainquent d’autant moins que le pacte de lecture est sans cesse ébréché (chapitres brefs comme dans n’importe quel roman pour ados, sauf facilité pauvre du chapitre 17, qui sonne comme une démission de l’auteur devant une difficulté de narration)… De plus, bien que le genre du « roman à thème » soit très codifié, on aurait aimé croiser dans celui-ci moins de clichés...
Premier type de clichés, les clichés textuels. Citons-en trois exemples.
L’onomastique signifiante : M. Lamour, le prof « vraiment très sympa », « porte bien son nom ». Normal, non (pas de faute de frappe) ? C’est l’auteur qui l’a choisi. Même topos quand « le bébé de monsieur Lamour » naît : « C’est une fille. Et, comble de bonheur, elle s’appelle Caroline comme moi ! », quel hasard, c’est génial, 90.
La stratégie pédagogique de l’enrichissement sémantique : « On a accroché de petits cadres avec des dessins de poulbots » (67), écrit l’auteur. Puis elle semble se repentir et commence par décrire (« les joues rouges », « de grands yeux », « des cheveux ébouriffés », « de grosses casquettes ») avant de lâcher le morceau (« ce sont des enfants qui vivent dans la rue et se débrouillent seuls »). L'intérêt de la lecture est d’ailleurs récompensé par l’institution (sa prof de français dit à Caro : « – Tu as beaucoup de vocabulaire, dis donc ! », 78).
Le zoom peu léger, par ex. : « Tiens, ça me fait penser qu’il ne m’a même pas dit ce qu’il fait comme travail, son père », déjà très gros, s’obésifie, osons le néologisme, grâce à la phrase suivante : « Il faudra que je pense à le lui demander », 110, au cas où on n’aurait pas bien saisi.
Deuxième type de clichés, les clichés moraux. Citons-en deux exemples.
« Elle est bizarre cette prof. Comment peut-on travailler avec les jeunes si on ne les aime pas ? » (14) Ben, je sais pas, moi, mais tu crois vraiment que les employés de call centers aiment les gens qu’ils appellent ? Eh non, ils font juste leur boulot.
Même ambiance gnangnan p. 38 : « Je n’aime pas Fabienne, même si je devrais être compatissante parce que chez elle non plus, il n’y a pas de père. » Jouez, violons d’André Rieu (lequel, comme le remarque http://wally.com.fr/ avec pertinence, a beaucoup plus fait pour le brushing que n’importe quel coiffeur pour la musique) !
Troisième type de clichés, quelques clichés narratifs récurrents dans une certaine production pour la jeunesse. Citons-en trois.
Le décor de cité : l’héroïne qui vit « au milieu des tours » voudrait qu'on l'envolât « loin de ce bitume qui m’entoure » (25) et de cette fatalité qui lui colle à la peau, woh-oh. Par opposition, la copine riche est sympa parce qu’elle n’en rajoute pas et permet de se retrouver dans une ambiance digne de Candy, ce dessin animé aux histoires d’amour mal dessinées – selon les http://www.leswriggles.com/, quand ils étaient drôles –, où l’on peut être « une fille qui n’a pas de parents » et plaire à quelqu’un de « riche et gentil » (43).
La super copine typique : « Cette fille, c’est peut-être une providence pour moi ? L’occasion de partager ça avec quelqu’un… Elle est tellement compréhensive, tellement douce… » / [Cut], 56).
Les « trucs » permettant des inserts : ainsi du passage pseudo-obligé sur le thème : « Je vais chercher, sous le matelas, mon journal intime », 49. Même topo pour le cahier de listes : « Avec Sandrine on a décidé de commencer un cahier où on récapitulerait tout ce que je sais au sujet de mon père, tout ce que je peux trouver… », 92 – objet dont la fonction est surlignée plus loin : il « va falloir qu’on se décide à remplir le cahier à secrets avec Sandrine. Pour commencer à y voir plus clair », 99.
Notons que, à notre sens, le problème n’est pas l’usage de telle ou telle astuce attendue mais, aussi loin que nous sommes concernés, cette accumulation de stratégies courues d’avance et jamais réinvesties de façon originale par l’auteur.
En conclusion, on subodore la charge émotionnelle que l’auteur a voulu mettre dans ce texte en y jetant fougueusement tout son ego, comme Achille Talon lorsqu’il s’attaque, taïaut, à la rédaction de son testament. Mais on n’a guère été convaincu par ce qui semble être son projet littéraire : jouer sur tous les tableaux – roman contemporain (chapitres brefs et numérotés, héroïne battante…), texte à thème social, journal intime à la fois dans le journal qu'on écrit et dans l'ensemble du roman (notations du type : « C’est vraiment un gentil garçon », 72, pfff…), texte couturé d’inserts différents alourdis par le paratexte (cf. autour de la p. 78)… L’écriture paraît ainsi achopper sur des facilités peu convaincantes (le chapitre 17, les rythmes ternaires grammaticalement bancals : « Cheville tordue, esprit torturé, torts reprochés », 130), trahissant la volonté pour partie contradictoire de raconter une histoire intime et d’en faire un exemplum.
De sorte que les gnagnagnas sur la difficulté d’être semi-orpheline (« ça se passe comment dans les familles où il y a un père ? Je demanderai à Sandrine qu’elle me raconte », 52), l’art de retrouver son père, la difficulté de confronter ses rêves à la réalité (83), perdent en pertinence littéraire et en efficacité émotionnelle ce qu’ils sont censés gagner en universalité. Entre tentation démonstrative essayant de recaser ce qui est censé faire l’unanimité en jeunesse (d'où l’exploitation de la Shoah : « – [Mes grands-parents] étaient juifs et c’était leur seul tort », chougne la copine Sandrine, l’auteur en rajoutant une louche en commentant par la voix de son héroïne : « Je garde une telle émotion de ce jour-là ! », 127, peut-être digne d'un Gnagnagna d'or, cf. http://master2.hautetfort.com/archive/2008/03/04/le-breto...) et sensiblerie (« ça m’a fait de la peine. Beaucoup de peine », 97, nominé d’office, pour le coup, aux Gnagnagna ; « Elle sourit. C’est si précieux », au secours, 131), Calouan tente de happer la lectrice dans les rets de son drame. Admettons que, malgré quelques notations rigolotes (« il est gentil ce garçon, il ressemble à un nounours », 101, hélas gâché, plus loin, par une notation signalant que le même Rodolphe « a l’air d’être un gentil garçon », 105, ben oui, t'as pas vu ? il ressemble à un nounours), nous sommes passés entre les mailles du filet émotionnel.
Et pourtant, on est fan d'Achille Talon. C'est à n'y rien comprendre.
BF
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26/04/2008
Les djeunses prennent le pouvoir !
Les étudiants du meilleur master 2 professionnel de littérature pour la jeunesse de l'université du Maine reprennent possession de leur blog, et je m'en réjouis. Parole est aujourd'hui donnée à la défense des romans pour filles, version Rozenn Douerin. Qui a dit que nous ne soignions pas notre lectorat breton ?
BF

Les filles, parfois, c’est pas « que » tout pourri. Les romans sur les filles, pour les filles, non plus. Non, non. Et, au risque d’en étonner plus d’un(e), certains d’entre eux peuvent même vous réconcilier avec ce genre que je n’hésite pourtant ô grand jamais ! à qualifier de aaaaaargh, houuuuuu, voire beurk. Comme quoi, parfois, il suffit d’un rien pour que l’aversion laisse sa place à l’intérêt. Té, pensez donc à tous ces humains qui haïssaient l’automne avant ce fameux Samedi soir sur la Terre de 1994. Il aura fallu un simple gratouillement de guitare pour que tous les amateurs de strings (et probablement de nudité sur les galets, mais chut !) guettent la venue d’octobre pour pouvoir enfin dessiner des cœurs sur la buée des fenêtres. Mais, j’en conviens, un gratouillis de cordes n’est pas toujours la solution miracle. Écoutez Indochine en lisant un roman de Yaël Hassan, et vous constaterez que le roman n’est pas moins mauvais ; ceux qui ont ajouté « et réciproquement » peuvent sortir.
Chez Pocket Jeunesse, on aime pourtant la musique. Parce qu’on aime les djeunses. Surtout les filles. Particulièrement leurs soucis, qu’elles soient completely orphelines, semi-orphelines, voire orphelines au sens béguéien, donc seules face à leur destin, cf. http://master2.hautetfort.com/archive/2008/03/04/le-breto.... Deux d’entre elles ont retenu mon attention, Teagan Phillips et Virginia Shreves, respectivement héroïnes du lacunaire Pourrie gâtée de Kate Brian (trad. Odile Carton, 2008, 293 p. 10 €), et du très bon La Terre, mes fesses et autres choses dodues de Carolyn Mackler (trad. Leslie Boitelle, 2007, 237 p., 8 €).
Bien sûr, ces deux livres, aux couleurs flashy, méritent quelques nominations au très convoité concours des Gnagnagna d’or, notamment pour leur pitch (la riche-donc-vilaine ado qui, une fois morte, voit défiler toutes les monstruosités qu’elle a commises, y compris envers une pauvre femme droguée – c’est pas joli-joli ; et la boulotte mal dans sa peau qui va apprendre à s’aimer telle qu’elle est grosse parce qu’elle est sympa quand même), et leur scénario sans grande surprise (ex. : les rencontres de Teagan pendant son périple aux côtés du fantôme, puis sa prise de conscience ; la gentille prof qui vole au secours de l’élève en détresse), mais cela ne gâche en rien notre enthousiaste lecture, principalement due aux trouvailles narratives et stylistiques, à la psychologie travaillée des personnages, donc à la constance de leurs réactions (à tel point cependant qu’elles sont fatales au roman de Kate Brian tant elles sont prévisibles, avant d’être métamorphosées pour s’adapter au récit), naviguant entre mauvaise foi, humour grinçant et caricature (ex. : « Tu m’as dit que tu n’invitais ton père que parce qu’il payait [ta soirée]. Dois-je comprendre que vous avez des relations tendues ? / - J’ai pas dit ça ! … Et je l’aurais dit quand ? », in : Pourrie gâtée p. 95 ; « Elle fourra son pouce dans sa bouche et commença à (sic) se mordiller l’ongle. C’était ça ou pleurer. Et pleurer était hors de question. Bonjour la manucure… », ibid. p. 101 ; « Elle avait besoin de vin pour calmer [sa] douleur (…). Un bon vin. Bien cher. (…) Où donc était ce fichu pinard ? », ibid. pp. 114-115), au comique des situations (« Elle récolta au moins une demi-tasse de sauce cocktail qu’elle jeta en grimaçant vers la corbeille, ratant sa cible de plusieurs kilomètres », ibid. p. 103 ; « - Tout va bien se passer. / - Vous êtes malade ? couina Teagan. Je suis morte ! Comment ça pourrait bien se passer ? », ibid. p. 123), certainement aussi à la qualité de la traduction (malgré quelques boulettes du genre « Je suis dans l’avion de Seattle », au lieu de « Je suis dans l’avion pour Seattle », in : Mes fesses, p. 159 ; « - Tout dépend de la date du séjour. / - à Thanksgiving », ibid. p. 143 ; « Elle doit être déguisée en Dumbledore, directeur de Poudlard dans les livres de Harry Potter », ibid. p. 139 ; mauvais choix de nom pour le site Internet créé par les élèves : « L’oreille en coin-coin », ibid. p. 224 ; répétition de l’adjectif « fichu », ou du ridicule « ouaip » affirmatif ; mise en italique des dialogues intérieurs dans Pourrie gâtée), mais surtout à l’absence d’un moralisme lourd et intentionnel (la preuve pp. 93-94: « - Pas d’alcool ce soir, Mademoiselle. Désolé / - Tout ce que j’ai, c’est des sodas, du cidre, des jus de fruits et de l’eau », in : Pourrie gâtée. Cherchez l’erreur…), à la légèreté des propos et des dénouements qui, bien qu’ils soient prévisibles, n’en demeurent pas moins fresh et sans prétention, caractéristiques typiques des comédies hollywoodiennes à succès, telle qu’une Lolita malgré moi de Mark Waters, auxquelles nous fait surtout penser Pourrie gâtée, ce qui n’est pas forcément un compliment (thématique de la jeune fille riche et insupportable, rebondissements convenus, retour à la réalité sous forme de happy end cucu, défilé, certes justifié, de grandes marques de luxe et autres références « culturelles » américaines tels que Jennifer Aniston, Alicia Silverstone ou encore les magasins Barneys, ainsi qu’un typical voyage dans le temps digne de celui d’un des épisodes mémorables de Dallas).

La Terre , mes fesses et autres choses dodues est autrement plus intéressant, et nettement moins ennuyeux, même s’il n’échappe pas aux clichés thématiques et narratifs habituels des romans américains pour ados (vie au lycée, entre cafétéria et long couloir de casiers, remises de trophées et fêtes en tout genre, division des élèves selon qu’ils sont populaires, normaux ou débiles, séquence émotion entre le père et la fille au moment de prendre l’avion, cut entre les chapitres 16 et 17, soit entre le « Oui ! Oui ! Oui ! Oui ! Oui ! » de Virginia, p. 126, et le « Non. Pas question » de sa mère, p. 127), car plus réaliste, ce qui en accentue le côté dramatique sans toutefois sombrer dans le mélodrame. Ainsi, l’obésité adolescente est justement mais toujours pudiquement traitée, tantôt avec humour, tantôt avec tendresse, tantôt encore avec brutalité. La « feffualité », comme dirait Anne-So de La Coquillette, est pareillement abordée : sans vulgarité, et savamment dosée, de sorte que la surprise l’emporte toujours sur le racolage, comme dans l'excellent livre pour adultes Rêver, grandir et coincer des malheureuses de Frédéric Recrosio (Intervista, coll. « Les mues », 2008). Ex. : « Triton Welsh, quatrième du nom, essaie de me tripoter sous mon T-shirt », première phrase de l’incipit, p. 7 ; « Je baisse le jet d’eau chaude vers mon entrejambe. C’est la première fois que je me caresse depuis des mois. Je ne m’y attarde pas, juste assez pour que mon corps frémisse de plaisir. Et là, la révélation. Voilà quelques jours que je ne suis plus déprimée », p. 175.
Moins superficiel que Pourrie gâtée, donc, le roman de Carolyn Mackler surfe néanmoins sur la mode de l’absentéisme parental responsable du mal-être adolescent, et connaît quelques faiblesses dès lors que se passe « le » quelque chose, l’élément perturbateur hélas mal annoncé d’un point de vue narratif (suspense trop long, p. 97) et prétexte à une réflexion peu convaincante. Si l’on fait le bilan positif de tous les points « plus » de Mes Fesses, si vous me permettez ce raccourci, nous retiendrons donc surtout :
- l’originalité du personnage de Virginia, la grosse ado (forcément intelligente, car on ne peut pas cumuler tous les défauts) qui hésite entre devenir mince et assumer ses rondeurs ;
- la richesse de ses pensées, ponctuées de maximes telles que : « Si on consacre les talents exemplaires en début d’année, ça met la barre plus haute pour nous, les bons à rien » (p. 140), et, quand on se savonne : « On ne se voit qu’un carré de peau çà et là. L’image n’est ni complète, ni honnête » (p. 78) ; « Walla Walla [capitale de l’oignon doux] est la ville idéale des bègues » (p. 27) ;
- son hommage déguisé à élie Semoun (« je fais cauchemar sur cauchemar. Il y en a un particulièrement effrayant, où je suis pourchassée par des sangliers », (p. 116) ;
- ses comparaisons originales (ex. : « Sa voix est aussi douce et chaleureuse qu’un bain moussant », p. 64 ; « Mon père a parfois la sensibilité d’un bloc de béton », p. 95) ;
- ses habitudes peu orthodoxes, certes, mais qui effleurent de manière inattendue ses problèmes de corporalité massive sans les nommer (« Quand le générique de fin défile, j’essuie mes mains grasses sur l’accoudoir, puis entre dans la salle [de cinéma] voisine », p. 107 ; « Quand je replonge sous les draps, une noix de cajou s’enfonce dans ma clavicule », p. 115) ;
- enfin – sera-ce parce que le roman s’adresse aux jeunes filles à partir de « seulement » 13 ans ? –, à la démesure de ses réactions et à l’étrangeté de ses jugements, qui sont à la fois reflets de son jeune âge et expressions de son mal-être. Ex. : « Cet après-midi, pendant une crise de fringale, je me suis peint chaque ongle d’une couleur différente, mais avoir appliqué les teintes Stroboscope, Peps, Fizz, Raz-de-marée et Pétard, j’ai décidé que cet arc-en-ciel était trop voyant pour moi », pp. 94-95 ; au sujet d’un élève viré : « il n’a pas l’habitude d’être fichu à la porte. Il joue du trombone quand même ! », p. 87 ; à son arrivée à Walla Walla, chez sa meilleure amie : « Les yeux rivés à la vitre arrière, je serre mon oignon. Merde alors ! », p. 163.
Les parents de Virginia (beaucoup moins cool que ceux de la copine, la preuve : on les appelle par leur prénom, ils adorent le piercing, et le père va écrire un bouquin sur les prénoms bizarres) sont des êtres tout aussi exubérants, tant d’un point de vue narratif, que psychologique, car absents physiquement, mais tout de même au cœur du roman ; accaparés par leurs professions (la mère, psy, soigne les adolescents qui, par exemple, « avale[nt] des pièces de monnaies quand [ils] angoisse[nt] », p. 92), mais tout de même présents pour les grandes occasions ; maladroits, certes, mais attentifs au bien-être de leurs progénitures ; sarcastiques et drôles à la fois – surtout le père ! Ex. : « Papa m’escorte d’invité en invité et raconte que les cheveux violets viennent de la famille de son côté à lui », p. 205, etc. Le même procédé est utilisé pour la copine Shannon – dont le bégaiement, jamais explicité, permet d’associer au piercing sur la langue une réplique inédite : « Toute ma vie, je l’ai détestée parce qu’elle me faisait bégayer. Il est temps de sympathiser », p. 172 –, présente tout au long du roman, notamment par le biais d’internet (qui autorise, entre autres, les récits de vie tumultueux sans étirer les discours, ou recourir à de tirades inutiles. Ex. : « Samedi soir, on s’est donné rendez-vous (…) près de chez moi. On avait juste prévu de traîner un peu après le dîner, mais on a commencé à parler, à marcher, à parler encore (…). Et soudain, il était une heure et demie. du matin ! J’ai foncé à la maison, mais Liam et Nina était fous d’inquiétudes. Ils m’imaginaient déjà écrabouillée par un tracteur », pp. 89-90). Idem pour la sœur Anaïs, dont il est souvent question même si elle vit en Afrique, et le frère Byron, que Virginia s’évertue à retrouver, dans tous les sens du terme, en même temps qu’elle évite le petit ami Triton, afin d’être en conformité avec l’une des multiples règles qu’elles s’est fixées, et qui régissent sa vie de grosse, parmi lesquelles : « on ne conduit pas sa mobylette en public » (p. 95). Notons enfin que Mes fesses, à l’instar du très bon Seule au monde, non
pas de Jill Shalvis, Robert Rosenblum, Karen Mc Combie, Corneille ou Julien Clerc (j’ai quand même précisé « très
bon »), mais de Guillaume Le Touze (Gallimard Jeunesse, coll. « Frontières », 1998), met à profit les vacances scolaires, toujours synonymes de transition dans les romans pour adolescents, d’une part pour structurer le récit, et d’autre part pour faire évoluer moralement et physiquement sa jeune héroïne.
Sur ce, je vous quitte, faut qu’j’aille revendre mes livres pour pouvoir m’acheter une conclusion. Autre solution, vous pouvez écrire votre propre conclusion, par exemple en lâchant un com’, je sais que monsieur Ferrier en raffole !
Ciao, les poteaux !
Rozenn Douerin
PS : puisque, une fois n’est pas coutume, ce post parlait cul/corps, je vous livre ici les réflexions de Hiroki Azuma, philosophe japonais, auteur de Génération Otaku, les enfants de la postmodernité, trad. Corinne Quentin (Hachette Littérature, coll. « Haute tension »), qui tente de justifier la perversité de certains otakus (i.-s. les passionnés de mangas, jeux vidéo et autres fanzines) par l’affirmation qu’un corps nu dans un manga « ne représente pas forcément un "vrai" corps. Il peut aussi être un symbole indépendant de ce qu’il représente ». Symbole de quoi, donc ? « Il faut le demander aux otakus ». (Source : 20 Minutes du 22 avril 2008, p. 12, cf. http://master2.hautetfort.com/archive/2008/02/23/une-non-..., NREP 5 p. 5). Laissez-moi le bonheur d’écrire cette conclusion : comme dirait http://www.ricetbarrier.com/, cher à M. Ferrier, "mon papa m'a dit / quand j'étais tout petit / "Si t'as rien à dire, ben... tais-toi !". Eh oui, ma Reine, ceci est une licence poétique à valeur de litote. Et puis, si dans la rue, les gens te regardent parce que t’es habillé comme ci, ou coiffé comme ça, dis-leur, dis-leur que ce sont des pervers (N. Sirkis).
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25/04/2008
Anthère et tigre : c'est toujours pas pour décorer, hein !
Marguerite Tiberti, aidée de Sophie Valentin, sa stagiaire, lance chez Ricochet "Ohé la science !", une nouvelle collection d'albums documentaires sur la biologie pour les 5-6 ans. Ces livres à l'italienne - contrairement à ce que laisse supputer l'illustration ci-contre - sont importés de Corée et adaptés par l'éditrice herself, océanographe et docteur en biologie, rien que ça. Deux volumes sont parus, avec dessins géométriques rigolos pour le titre au tigre, et cette liberté typographique qui singularise les éditions du Ricochet.
En une trentaine de pages vendues 12 € (6 € en téléchargement, ce qui paraît violemment excessif), le premier opus, Le Tigre mange-t-il de l'herbe ? propose un joli tour de la question, façon documentaire narrativisé. La question récurrente du livre rappelle une certaine production anglophone pour vieux lecteurs (Mais qui mange les guêpes ?, trad. Nicolas Witkowski, réédité le 3 avril en "Points Seuil", 196 p., 7 €). On se demande ici : mais qui mange les tigres ? En d'autres termes, si le tigre boulotte tout le monde, comment la "chaîne alimentaire" se boucle-t-elle ? Qui le boulotte, lui ? Après l'histoire divertissante et traditionnellement anaphorique (des formulettes reviennent pour se demander quel animal mange quel aliment), le livre progresse vers le sérieux, explicitant la notion de chaîne alimentaire avant de proposer une brève double page pour les adultes signée d'un scientifique coréen.
Le second ouvrage paru, intitulé L'Aventure du pollen, semble viser une cible beaucoup plus haute en âge, pas tant par sa problématique, très accessible (comment font les plantes pour se déplacer en restant immobiles ?), que par les légendes qui, dès les premières pages, transforment l'album en pré-manuel de biologie. Sans doute l'usage optimal de ce volume suppose-t-il un accompagnement pédagogique ? Cette interrogation vaut aussi - surtout ? - pour les adultes : aux yeux d'un non-scientifique, la multiplicité des noms techniques employés, dont on ne doute pas qu'ils amusent voire intriguent les plus jeunes, est un brin glaçante.
En résumé, "Ohé la science !", divisée en plusieurs sections ("Environnement", "Univers", "Corps", "Physique", "Plantes" et Animaux") et lancée dans plusieurs pays francophones simultanément, se propose de combler un créneau à prendre (le docu bio pour tout jeunes lecteurs, rarement abordé - cf. par ex. les vingt-six premières "Minipommes" du Pommier, voir http://www.editions-lepommier.fr/) avec des armes attrayantes, si l'on ose recourir à cet oxymoron : couleurs contrastées, typo ondulante, adaptation sérieuse, sujets et styles variés. Les prochains thèmes annoncés seront la gravitation et l'adaptation au milieu, et non l'adaptation et la gravitation au milieu, même si ça pourrait être rigolo. Rens. : http://ricochet.over-blog.net/.
BF
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24/04/2008
La fureur de pas vivre
Moins couru que le roman, la nouvelle pour la jeunesse fait l'objet de collections spécifiques et d'ouvrages épars, encore moins remarqués par la critique que les romans, si c'est possible - qui a recensé Ouragans de Jocelyne Sauvard ? Moins analysée encore que le documentaire - disons qu'elle est la soeur du même parent pauvre de l'édition pour la jeunesse -, cette production bénéficie d'une excellente occasion de se faire remarquer grâce à Sale temps pour vivre, recueil de Léo Lamarche (Les 400 coups, "ConneXion Haute tension", 132 p., 10 €).
Certes, l'ouvrage inquiète d'abord l'amateur de littérature. Le paratexte liminaire tente d'aguicher le lecteur et de faire frissonner les parents. En effet - précaution québécoise ? -, "ce livre contient des scènes pouvant ne pas convenir à un jeune public. La supervision des parents est conseillée". Au cas où la précaution ne suffirait pas, le communiqué de presse recommande l'ouvrage "à partir de 15 ans". Diable ! si le lecteur de quinze ans ne doit lire ce produit que sous la surveillance de ses parents, c'est que, n'en doutons pas, ça va forniquer sexe, ça va sanguinoler, ça va niquer sa race. On est accrochés (et légèrement agacés par ces "trucs").
Le paratexte conclusif présente, lui, "l'auteure" (tudieu, ou plutôt : tudéesse ! une auteure, c'est quelqu'une qui écrit une texte sur une ordinateure pour en faire une livre, n'est-elle pas ?) à destination, suppute-t-on, de ses ex-collègue(tte)s enseignant(e)s restées fleur bleue. Sinon, comment expliquer cette gnangnanterie à larmichette : "Elle cultive, dans son jardin secret, les sombres fleurs de la mélancolie" ? De quoi nommer Léo Lamarche pour le Gnagnagna d'or de la biographie (http://master2.hautetfort.com/archive/2008/03/04/le-breto...), surtout si l'on ajoute le communiqué présentant le livre en commençant par nous certifier que l'auteurette est gentillette ("elle a publié un recueil de nouvelles [dont les] droits d'auteur [ont été] reversé[s] à l'association La Voix de l'enfant", gnagnagna : comme ne disait pas Jésus Christ, "que ta main droite ignore ce que donne ta main gauche, mais que les autres, eux, soient au courant"). Dans ces conditions, c'est peu dire qu'on s'attend à devoir se taper, parce que l'éditeur nous l'a envoyé, un texte "casse-couilles" (je cite la page 34, bien entendu), d'autant que le paratexte cucul la pralinette contamine sporadiquement le texte d'étranges relents gnangnan.
Néanmoins, après analyse, l'on supputera que les "Il faut qu'on parle, Paul" (58) et autres "Je t'aime, papa" (60) ont une valeur signifiante qui nous échappe. L'on en oubliera même des expressions mal venues - allez, on ose ? bon, d'accord : des expressions pas à la auteure - comme "bafouiller son incompréhension" (16), "son sexe est éteint aux dépens de la came" (51), il "ose un pas en avant" (60), etc. Et ce, pour une raison simple : les nouvelles qui composent Sale temps pour vivre sont une très bonne... nouvelle - bon, ça, c'est fait - pour l'édition pour la jeunesse. Oh, certes, rien de révolutionnaire, ni dans l'écriture (exception typographique faite de la nouvelle d'où les majuscules sont absentes) ni dans les formes narratives, très convenables. Plutôt dans le choix d'y aller à fond dans la noirceur et la fureur de ne pas vivre.
Crûtes-vous que l'édition pour les ados était trop noire ? Vous vous trompâtes ! Vous rigolâtes ! Vous n'aviez pas encore dû lire ce recueil. Auparavant, l'édition pour ados était globalement très rose ; Sale temps pour vivre nous le rappelle avec pertinence.
Bien sûr, topos oblige, les grands-parents sont des enculés. Les mémés sont les pires des salopes, et les grands-pères - que nos lectrices arrière-grands-mères me pardonnent - des fils de pute. Ne rêvent-ils pas, ces vils gredins, de fort niquer leurs petites-filles dès qu'elles ont un minou à poil aux trois sens du syntagme (sexe nu, sexe poilu, petit chat) ? Normal, en étant placées chez eux, ces membranes sur pattes popularisées par Michel Fourniret ne l'ont-elles pas bien cherché ? Mais bon, du viol pédophile, Insa Sané s'était plus crûment repu dans Du plomb dans le crâne, donc on va pas chier une pendule pour ça. Quoi d'autre ? D'une part, des scènes noires ; d'autre part, leur répétition. De fait, l'effet bénéfique du recueil de nouvelles est de nous laisser respirer entre chaque histoire en nous disant : ça va changer, ça va passer... Et boum, non, ça passe pas, madame Germain, ça passe pas du tout puisque l'auteur fait un tour du côté des lieux communs du genre, en l'occurrence les junkies accros à leur came ou vivant leurs OD comme l'aboutissement de leur existence dans une cité pourrie - normal, qu'est-ce que tu veux que je te dise, baby ? C'est la life, et j'ajouterais : life is life, lala, la, lala. Tiens, Lala, justement, ça, c'est plus original : une débile mentale que sa famille maltraite et tient recluse - heureusement, la société veille et la fout dans une autre prison, ça t'apprendra à sortir de ta coquille, petite conne. Et à propos de coquille, quid des escargots ? Si on s'amusait à leur couper leurs cornes (on pense à "L'enfant et la mouche" de Marie-Paule Belle, à l'Olympia le 20 mai), hein ? C'est grave noir, ça aussi, comme idée, couper les cornes des escargots pour commencer - après, on s'occupera des chats ; oui mais voilà, il fallait une Léo Lamarche pour nous le montrer.
Attention : les personnages de cette "agrégée de Lettres dans un lycée parisien" (sic : "enseignante dans un lycée" ou "agrégée", je connais ; mais agrégée dans un lycée, ça veut dire quoi ? qu'elle est collée ?) ne sont pas tous déprimés. Non, l'eussent-ils été, l'on aurait cherché une solution : psychothérapie, camisole chimique, écriture de slam que l'auteur investit un brin lourdement (deux textes peu palpitants sont insérés dans l'ouvrage)... Simplement, ils n'ont ni le goût de se buter à la roulette russe, si bien qu'ils pleurent quand la BAC débarque, ni celui de vivre. Et believe me, brother: "Le goût de vivre ne s'acquiert pas. Dans la cuvette des chiottes, je me dis simplement que je n'ai pas hérité du gène" (28). Résultat : tous les personnages de ce recueil s'anorexisent, se fracassent la tête contre le mur, se noient entre frères puis entre père et fils, se prostituent ou, les putes, refusent de tailler des pipes. Parfois, comme par erreur, pour le contraste, ils recueillent des p'tits fatons qui ont vufte une groffe lapine à téter, laquelle peut se laisser téter vu que ses rejetons sont tous morts de la Maladie. Bref, what a wonderful world, comme chantaient les autres.
So what? De même que Hanokh Levin aime à plonger ses personnages de comédies ou de nouvelles dans la plus sordide crudité, provoquant l'incrédulité admirative de ses fans post-mortem ("il va pas oser, quand même... le con ! il a osé !"), de même Léo Lamarche enfouit ses textes dans les abysses des chiottes, c'est-à-dire qu'elle fait preuve de lucidité. A une époque où tout est bien qui est censé finir bien, où l'on est obligés d'enseigner aux djeunses dans les livres qui leur sont destinés que la vie est belle et que, si leur vie est merdique, ils n'ont qu'à se dire que la merde est belle, les textes de la nouvelliste "tonnent contre", selon l'expression de Flaubert ici positive, avec une puissante férocité. Certes, on regrette que les tics d'écriture ("vrai", "déjà", "bien", par ex.) soient les mêmes d'une nouvelle à l'autre. Mais ce défaut peut aussi être envisagé comme une double qualité : cela donne une unité sémantique au recueil, et cela montre un auteur à l'oeuvre par-delà les situations qu'il met en scène.
(Les féministes et les Québécoises intégristes, ça arrive, peuvent remettre la dernière phrase à la féminine si ça leur chante.)
En conclusion, j'imagine qu'il vaudrait mieux dire que ce recueil est une formidable leçon de vie dont on ressort plus heureux, conscients que, finalement, nos soucis ne sont pas si graves. Dieu ou déesse soit loué(e), non. Quiconque a souffert d'un abcès dentaire sait que la relativité n'existe pas, surtout dans la douleur. La vérité, c'est que l'on ressort de ce livre contents de voir qu'il se publie encore des textes audacieux pour ados, des textes qui se brandissent comme un doigt d'honneur à l'esthétique gentillette étouffant une grande partie de notre corpus préféré, même celle qui est censée être "trop noire". On attend donc l'occasion de voir Léo Lamarche s'attaquer à la forme même du récit et aux figures linguistiques imposées, pour "faire exploser cette ville et sauter avec elle" comme le chantait si bien cette folle de http://www.mamabea.fr. La prochaine fois, peut-être ?
BF
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23/04/2008
Un post imaginaire
Fêtons notre cinq centième post en signalant le récent développement d'un blog 100 % imaginaire : http://mesimaginaires.over-blog.com. On en peut souligner deux grandes qualités : d'une part, la richesse des critiques disponibles, incluant résumé et humble évaluation ; d'autre part, la variété des genres chroniqués (de la SF à la high fantasy, des productions pour jeunes et vieux, francophones et d'origine étrangère, produits récents ou vieux de plusieurs dizaines d'années). Sandrine Brugot-Maillard, qui a eu le bon goût d'apprécier Ezoah, propose un panorama personnel de l'édition de textes "imaginaires" et bien réels. Chaque notule est proposée sur un ton bienveillant destiné à susciter des appétits de lecture... sans pour autant exclure quelques petites remarques moins gentilles. Ouf ! En prime, un guide des séries et un index des auteurs. Peut mieux faire ? Sans doute, mais ça va être difficile.
BF
PS : et on peut participer encore pendant une semaine au concours de nouvelles organisé dans la ville d'adoption de SBM en cliquant sur http://www.imaginaire41.fr/.
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22/04/2008
Quand la situation vampire...
Dans la collection "Macadam", Milan publie la série de Scott Westerfield sur les peeps, ces vampires aux tendances cannibales plus ou moins maîtrisées. Après V-Virus, voici A-Apocalypse. Bande-son pour fin du monde (trad. Guillaume Fournier, 316 p., 10,5 €), dont on ne peut pas dire que le titre français soit le plus excitant possible. Pourtant, c'est avec curiosité qu'on aborde cette sequel, confiant dans le talent de l'auteur (V-Virus séduisait ainsi par son alternance de chapitres narratifs et biologiques joliment troussée) et excité à l'idée de retrouver certains personnages du premier tome. Cette fois, Scott Westerfield se contente de raconter ce que racontent les romanciers pour la jeunesse quand ils n'ont point l'inspiration : ce sera l'histoire d'un groupe de zique qui se crée, qui fait du son - du new sound, en l'occurrence - et qui devient une vedette grâce au label Red Rats. Mais le groupe est miné de l'intérieur par un virus sexuellement et félinement transmissible, peut-être pire encore que le sida, car ledit virus fait remonter de souterraines et inquiétantes créatures au cours de concerts particulièrement vibrants...
Disons-le d'emblée : ce texte, qui développe la veine "vampirique" à la mode dans la production anglo-saxonne, est un chouïa moins convaincant que le précédent. C'est dû en partie à un texte moins riche en effets de surprise et en trouvailles - signalons cependant quelques jolies notations ("elle faisait partie de ces filles plus jolies avec des lunettes", 40, et la resémantisation de certains tics de langage : les djeunses, dans ce texte, taxent de "fénorme", ce qu'ils trouvent "fexcellent", c'est assez frigolo). Mais ce qui frappe surtout, ce sont deux éléments sur lesquels Scott Westerfield n'a pas de prise. D'une part, la présentation du texte, saccagée par des interlettrages qui passent de l'extrêmement resserré au très étendu puis au normal, en fonction de ce qui arrange le metteur en pages. C'est très vilain et désagréable à la lecture. D'autre part, la traduction, qui nous paraît être un modèle d'un produit de mauvaise qualité. Nous en donnerons quatre signes.
Premièrement, le choix qu'a fait l'auteur de donner des titres de chapitres reprenant des titres de groupes de rock, est ici gommé. A la place, on a droit à des intitulés passionnants comme "Folie", "Le Besoin", "Coureurs de cachets", ce qu'on pourrait, en termes critiques, qualifier de SNAC. Pourquoi ne pas avoir laissé les titres anglais pour susciter un effet de surprise (d'autant qu'il est explicité par l'auteur à la fin) ou, à la rigueur, tâcher de les remplacer par d'autres trouvailles françaises, voire leur substituer des titres de chansons célèbres plutôt que des groupes, afin qu'ils semblent plus familiers - pour reprendre nos ex. : "Can I Play with Madness?", "Everybody Needs Somebody" et "Money, Money, Money" ?
Deuxièmement, la version française est percluse de répétitions qu'un traducteur soucieux de son lecteur se doit d'alléger selon les différentes stratégies à sa disposition, par ex. : recours aux synonymes, remplacement d'une didascalie, suppression d'une notation inutile que le français alourdit, etc. Obsédants, appauvrissants, omnirécurrents, les "hausser les épaules / un sourcil", "soupirer", "hocher / secouer la tête", "froncer les sourcils", "un peu", "commencer", "vraiment", "bien sûr", "avaler sa salive" / "déglutir" (passionnant, insiste lourdement sur l'émotion du personnage) et autres "dévisager" (notamment martelé dans le final, cf. 235 238, 242, 280, 292, par ex.)...
Troisièmement, un traducteur anglophone n'est certes pas obligé d'être hispanophone ; ce nonobstant, quand de nombreux termes hispanophones se retrouvent dans le texte, et qui plus est quand l'auteur rappelle par la bouche de ses personnages que, malgré sa finale féminine, problema est masculin - ce qui démontre son attention aux propos en castillan -, il n'est pas interdit d'y prendre garde. On regrettera donc l'oubli systématique des accents - j'exagère : il y en a parfois... hélas, il arrive que ce soient des accents graves, cf. p. 150 - sur "musica", "esoterica", "mas cervezas", etc. Admettons que le traducteur ne soit pas responsable de cette bêtise - ça ne fait qu'une pierre de plus dans le jardin déjà assez minéral de l'éditeur - à qui l'on pourrait aussi demander : pourquoi pas d'espaces insécables après le tiret de dialogue ?
Quatrièmement, un traducteur anglophone a, à notre sens, le devoir de tenter de rendre son texte français le moins anglais possible. Cela passe, d'une part, par un allègement des didascalies lourdaudes en français, nous l'avons dit. Cela passe, d'autre part, par l'évitement des formules typiquement anglophones qui, en français, n'apportent rien. Voici une collection de quelques éléments qui auraient pu être revus.
- le "you know", pratiquement monosyllabique en américain (l'équivalent français oral serait "t'vois, quoi"), aurait pu être zappé. Ex. : "Je relevai vite fait la tête. Vous savez, au cas où tout le monde balancerait sa télé ce soir-là", 15 ; "jeter un coup d'oeil à, vous savez, l'art", 168 ;
- même principe avec les "it's not as if", traduits littéralement avec lourdeur, par ex. p. 22 et 267, avec les italiques anglophones qui vont bien ;
- les formules d'appui du discours comme "I mean" ("je veux dire" - par ex. 16, 25, 39, 59, 117), "I suppose / imagine" ("Ouais, je suppose", 105 ; "Je suppose que non", 128 ; "ça se tient, j'imagine", 131 ; "Je suppose. Ouais", 143 ; "Ouais, j'imagine", 182 ; "Nous avons du coeur, j'imagine", 233 ; "ça fait partie du new sound, je suppose", 233), obsédantes dans ce texte, ainsi que les questions tags (par ex. : "- Tu le sais, n'est-ce pas ? / - Vraiment ?", 247) auraient gagné à être éliminées (de même que "je suis supposé escalader la fenêtre" aurait peut-être été mieux traduit par : "Je suis censé escalader ta fenêtre") ;
- la présentation des dialogues, avec didascalies intégrées ("- Exactement. (Je souris.) Comment tu t'appelles, au fait" ?, 23) n'est pas francophone. Aller à la ligne et dynamiser l'oralité ne nuit pas au roman de divertissement ;
- le traducteur a les devoir et droit de traduire : l'expression "c'est un total tombeau", 27, doit signifier en français : "c'est un tombeau" - le "total" tentant de singer un idiolecte djeunse se révèle ici total limite genre style nul ; le who knows mérite aussi d'être transposé sous peine de lourdeur : "- Que s'est-il passé ? / - Qui peut le savoir ?" peu oralisé pour des djeunses, 235 ; les figures de renforcement anglophones ne sont pas les mêmes qu'en français : "avais-je bien entendu cannibales ?", 235, est lourd ; attention aux expressions idiomatiques qui doivent être transposées ("- Fénorme, dis-je, en me rappelant de ne plus poser de questions à partir de maintenant", 282) ;
- le terme de "kids" pose un problème de traduction, mais une chose est sûre : sa transposition en "gosses" n'est presque jamais une bonne solution (quel jeune dirait "une bande de gosses s'étaient rassemblés", 29, par ex., cf. aussi 287 ?) ;
- la langue française dispose de plusieurs verbes, eh oui, qui permettent parfois d'éviter la répétition de "faire" : dommage que, par ex., en une demi-page 29, les préparateurs milanais n'aient pas jugé opportun de dynamiser les quatre occurrences ("comme il le faisait toujours chaque fois", sic ; "le conducteur se ferait saucer", tut tut tut, pas de faute de frappe, mauvais esprits ; "en faisant néanmoins passer son étui" ; "cela faisait une drôle d'impression") ;
- les jurons posent un autre problème de traduction, mais le terme de "jurons", les expressions comme "nom d'un chien" ou "nom de Dieu" ne paraissent pas opportunes dans l'idiolecte d'un djeunse moderne ;
- les syntagmes comme whatever ("un entretien d'embauche ou je ne sais quoi", 33 ; "c'est sans doute une clocharde ou, (sic) je ne sais pas", 79 ; "comme les Rockettes ou je ne sais quoi", 184 ; "Jimi Hendrix ou je ne sais quoi", 310), in some way ("Min étudie l'espagnol, en quelque sorte", 117, voir aussi "vu que tu es la chanteuse, et tout ça", 119), or something ("Ne pourrait-on s'appeler tout simplement 'Invités spéciaux' ou quelque chose de ce genre ?", 182 ; "Elle se sert de tisanes et de trucs de ce genre", 213), anyway ("Qui êtes-vous, de toute façon ?", 213 ; "que signifie 'plasma', de toute manière ?", 252 ; "ce n'était probablement qu'une coïncidence, de toute façon", 270) et autres syntagmes du type as far as I am concerned donnant "pour ce que j'en sais", 237 / "pour ce que ça vaut", 312, "lui m'a l'air trop rapide, si tu veux mon avis", 253, ne sont pas traduisibles tels quels, il convient de faire un ch'tit effort de reformulation pour donner le sens sans donner à lire la transcription d'une expression anglaise ;
- "réaliser" est un anglicisme, on lui préfèrera : se rendre compte, s'apercevoir, découvrir, prendre conscience, etc. ;
- l'expression "rouler des yeux" est curieuse en français ; pour ma part, je ne suis pas convaincu que "I rolled my eyes" mérite une traduction littérale, le traducteur hésitant d'ailleurs entre une construction transitive ou intransitive (par ex. 42/44/185) ;
- la grammaire a son importance, si-si : ainsi, "elle produisit un petit bruit désapprobateur" (46) tendrait à personnaliser le bruit, ce qui n'est pas l'effet voulu : ici, le sens est : "un petit bruit de désapprobation" (savoir si "produire" convient bien est une autre question, pas forcément inutile) ;
- d'une façon générale, il convient de se méfier des adjectifs anglais : "ton stupide chat" (98) conservé avec l'inversion substantif / qualificatif n'est pas une bonne traduction, pas plus que l'emploi de "foutu" ("ce foutu Astor Michaels", 225 ; "Foutus gènes du champagne", 229 ; "ce sont de foutus cannibales", 235 ; "foutu chasseur de vampires", 268) ;
- "OK" gagne le plus souvent à être traduit, de même que "sûr" qui, tout court, ressortit directement de l'anglicisme, cf. 57 et 104, par ex. : "- Tu vas bien ? / - Sûr." ;
- certaines expressions n'ont aucun sens en français sans un minimum de transposition : quid, par ex., de "sa voix mourut dans un soupir", 118/215/271 ? de "Je m'éclaircis la gorge, acceptant la rebuffade", 128 ? de "Sa pomme d'Adam fit le yoyo", 160 ?
- l'utilité de certaines annotations aurait pu être réévaluée à la traduction ("Ellen termina sa bouchée de pâtes au fromage", super, on est content, 128), de même que certains effets de suspense lourdauds ("Tout se déroulait trop bien. J'aurais dû savoir qu'un truc finirait par coincer", tadaaam, 137) ;
- et rappelons au passage que dans l'expression "grand ouvertes", grand ayant valeur adverbiale, il ne s'accorde pas avec "ouvertes" (177, 203).
Si l'on ajoute à cela des expressions maladroites ("Je parcourus les CD étalés sur son lit pour tâcher de démêler ses influences", 33 ; "Moz nous figea net", 42, nous figea, donc ; redondant "tout s'emboîtait de manière cohérente", 52 ; "Un point de plus pour le veto selon Moz", 185 ; "Minerva et lui échangeaient des messes basses", 194 ; "un hoquet à l'ail", 209 ; "le soleil qui se déversait dans la salle à manger", 229 ; "Je signai, comme il l'avait toujours su", 249 ; "un truc aussi futile qu'un concert gratuit", 297) et des facilités dispensables ("elle découvrait un peu trop de dents pointues", 112), on comprend la déception profonde que l'on est susceptible d'éprouver à la lecture d'un texte qui méritait, assurément, un meilleur sort, au regard du talent et de l'humour de l'auteur. Peut-être pour les prochains (feint-on d'espérer) ?
BF
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