14/06/2008

Entrez dans le nouveau millanaire

MILAN.gif

Après avoir voulu recruter son chef de studio (http://master2.hautetfort.com/archive/2008/05/24/la-retra...), Milan souhaiterait à présent embaucher quatre zozos (ou quatre zozottes, cela va de soi), selon Livres Hebdo n° 738, 13 juin 2008, p. 135.
1) Est recherché un secrétaire d'édition pour le pôle "Petite enfance" en CDI, pour un poste basé à Paris. "Rattaché au responsable d'édition, vous assurerez les coordinations des opérations visant à la réalisation d'ouvrages allant du travail du manuscrit jusqu'au BAT. Première expérience dans l'édition pour la jeunesse exigée." Réf. : ED/PR2.
2) Est aussi recherché un concepteur graphiste en CDI, pour un poste basé à Paris. "Vous assurerez la réalisation des maquettes en participation à la conception graphique des ouvrages et en proposant une prémaquette, puis en réalisant la maquette complète. Vous gèrerez le planning de remise en fab et vérifierez la qualité des épreuves couleurs. Vous maîtrisez les outils informatiques InDesign, Photoshop, Illustrator, Acrobat Reader et Acrobat Distiler. Vous disposez d'une expérience de 5 ans sur un poste similaire." Réf. : ED/PR3.
3) Est aussi recherché un vendeur qualifié de librairie en CDI, pour un poste basé à Toulouse, congue. "Rattaché à la directrice de la boutique, vous assurerez la vente des produits du magasin et aurez la responsabilité du rayon librairie tant dans les achats des articles que dans leur vente. Vous disposez d'une expérience de 2 à 3 ans sur un poste similaire." Réf. : MP/FIL3.
4) Est enfin recherché un responsable d'édition pour le pôle "Poche" - toujours en CDI, et encore pour un poste basé à Toulouse, heureux fripons. "Rattaché à la directrice littéraire, vous participerez à la réalisation du programme éditorial, vous managerez (pas de faute de frappe) une équipe et vous vous assurerez de la qualité des ouvrages publiés ainsi que du respect des plannings et des budgets alloués. Anglais indispensable." Réf. : ED/PR 4.
Envoyez vos CV à recrute@milan.fr. Belle fortune à tous.
BF

24/05/2008

La retraite à Milan

1123096831.gifL'édition pour la "jeunesse" recrute, signale, alléchant, Livres Hebdo n° 735, 23 mai 2008, pp. 126-127 !
Chez Milan, un chef de studio est demandé. Expérimenté, il encadrera l'équipe de maquettistes et participera à la conception graphique de leurs collections et ouvrages. Ses compétences : une grande créativité, une très bonne connaissance des illustrateurs et de la production pour la jeunesse, la maîtrise des logiciels XPress, Photoshop, Illustrator et InDesign, et, en sus, une réelle expérience du management. Le poste est basé à Toulouse. Les candidats enverront CV et lettre de motivation par courrier à l'attention de Fabienne Pelletier, 300, rue Léon-Joulin, 31101 Toulouse Cedex 9 ou à recrute@milan.fr.
Panini France, "éditeur spécialisé dans le domaine de la jeunesse", recherche deux collaborateurs. D'une part, un responsable éditorial qui possède une bonne expérience dans le domaine de l'édition de livres et magzaines pour enfants. Son objectif : développer le catalogue pour la jeunesse. Ses missions : études de marché, demandes de devis, viabilité et suivi des projets, coordination des collaborateurs, recherche de nouveaux concepts et produits, licensing (recherche, approbations, suivi des offres, reporting), OP. Une connaissance de la poésie serait un plus. Non, je plaisante... Le poste est basé à Saint-Laurent-du-Var (06).
64575744.gifD'autre part, Panini France veut recruter un coordinateur éditorial disposant d'une certaine expérience dans la réalisation de magazines et de livres destinés à la jeunesse. L'objectif ne diffère pas du poste décrit ci-dessus. Le candidat, rigoureux, autonome et volontaire, aura pour missions : la participation à tout ou partie des opérations préparatoires à l'édition des publications ; la relation avec les fournisseurs (imprimeurs, etc.) et les auteurs (dessinateurs, pigistes, maquettistes, etc.) ; le choix des illustrations et des articles, l'éditing, le rewriting, les corrections d'épreuve, la planification de la sortie des produits et les demandes de devis. Une connaissance du beach-volley est inutile. Poste en intérim à pourvoir immédiatement à Paris.
Pour ces deux postes, l'anglais est exigé, l'italien souhaité. Envoyer CV et lettre de motivation (en précisant le poste) à Panini France SA, service Recrutement, ZI secteur D, 06702 Saint-Laurent-du-Var, ou à recrutement@panini.fr.
Allez, comme chanterait Allain Leprest, tant pis si on n'a pas de jean, si cette conne s'imagine qu'avec elle le coeur s'arrête : c'est pas pour tout de suite, la retraite !
BF

22/04/2008

Quand la situation vampire...

928415418.jpgDans la collection "Macadam", Milan publie la série de Scott Westerfield sur les peeps, ces vampires aux tendances cannibales plus ou moins maîtrisées. Après V-Virus, voici A-Apocalypse. Bande-son pour fin du monde (trad. Guillaume Fournier, 316 p., 10,5 €), dont on ne peut pas dire que le titre français soit le plus excitant possible. Pourtant, c'est avec curiosité qu'on aborde cette sequel, confiant dans le talent de l'auteur (V-Virus séduisait ainsi par son alternance de chapitres narratifs et biologiques joliment troussée) et excité à l'idée de retrouver certains personnages du premier tome. Cette fois, Scott Westerfield se contente de raconter ce que racontent les romanciers pour la jeunesse quand ils n'ont point l'inspiration : ce sera l'histoire d'un groupe de zique qui se crée, qui fait du son - du new sound, en l'occurrence - et qui devient une vedette grâce au label Red Rats. Mais le groupe est miné de l'intérieur par un virus sexuellement et félinement transmissible, peut-être pire encore que le sida, car ledit virus fait remonter de souterraines et inquiétantes créatures au cours de concerts particulièrement vibrants...
Disons-le d'emblée : ce texte, qui développe la veine "vampirique" à la mode dans la production anglo-saxonne, est un chouïa moins convaincant que le précédent. C'est dû en partie à un texte moins riche en effets de surprise et en trouvailles - signalons cependant quelques jolies notations ("elle faisait partie de ces filles plus jolies avec des lunettes", 40, et la resémantisation de certains tics de langage : les djeunses, dans ce texte, taxent de "fénorme", ce qu'ils trouvent "fexcellent", c'est assez frigolo). Mais ce qui frappe surtout, ce sont deux éléments sur lesquels Scott Westerfield n'a pas de prise. D'une part, la présentation du texte, saccagée par des interlettrages qui passent de l'extrêmement resserré au très étendu puis au normal, en fonction de ce qui arrange le metteur en pages. C'est très vilain et désagréable à la lecture. D'autre part, la traduction, qui nous paraît être un modèle d'un produit de mauvaise qualité. Nous en donnerons quatre signes.
Premièrement, le choix qu'a fait l'auteur de donner des titres de chapitres reprenant des titres de groupes de rock, est ici gommé. A la place, on a droit à des intitulés passionnants comme "Folie", "Le Besoin", "Coureurs de cachets", ce qu'on pourrait, en termes critiques, qualifier de SNAC. Pourquoi ne pas avoir laissé les titres anglais pour susciter un effet de surprise (d'autant qu'il est explicité par l'auteur à la fin) ou, à la rigueur, tâcher de les remplacer par d'autres trouvailles françaises, voire leur substituer des titres de chansons célèbres plutôt que des groupes, afin qu'ils semblent plus familiers - pour reprendre nos ex. : "Can I Play with Madness?", "Everybody Needs Somebody" et "Money, Money, Money" ?
Deuxièmement, la version française est percluse de répétitions qu'un traducteur soucieux de son lecteur se doit d'alléger selon les différentes stratégies à sa disposition, par ex. : recours aux synonymes, remplacement d'une didascalie, suppression d'une notation inutile que le français alourdit, etc. Obsédants, appauvrissants, omnirécurrents, les "hausser les épaules / un sourcil", "soupirer", "hocher / secouer la tête", "froncer les sourcils", "un peu", "commencer", "vraiment", "bien sûr", "avaler sa salive" / "déglutir" (passionnant, insiste lourdement sur l'émotion du personnage) et autres "dévisager" (notamment martelé dans le final, cf. 235 238, 242, 280, 292, par ex.)...
Troisièmement, un traducteur anglophone n'est certes pas obligé d'être hispanophone ; ce nonobstant, quand de nombreux termes hispanophones se retrouvent dans le texte, et qui plus est quand l'auteur rappelle par la bouche de ses personnages que, malgré sa finale féminine, problema est masculin - ce qui démontre son attention aux propos en castillan -, il n'est pas interdit d'y prendre garde. On regrettera donc l'oubli systématique des accents - j'exagère : il y en a parfois... hélas, il arrive que ce soient des accents graves, cf. p. 150 - sur "musica", "esoterica", "mas cervezas", etc. Admettons que le traducteur ne soit pas responsable de cette bêtise - ça ne fait qu'une pierre de plus dans le jardin déjà assez minéral de l'éditeur - à qui l'on pourrait aussi demander : pourquoi pas d'espaces insécables après le tiret de dialogue ?
Quatrièmement, un traducteur anglophone a, à notre sens, le devoir de tenter de rendre son texte français le moins anglais possible. Cela passe, d'une part, par un allègement des didascalies lourdaudes en français, nous l'avons dit. Cela passe, d'autre part, par l'évitement des formules typiquement anglophones qui, en français, n'apportent rien. Voici une collection de quelques éléments qui auraient pu être revus.
- le "you know", pratiquement monosyllabique en américain (l'équivalent français oral serait "t'vois, quoi"), aurait pu être zappé. Ex. : "Je relevai vite fait la tête. Vous savez, au cas où tout le monde balancerait sa télé ce soir-là", 15 ; "jeter un coup d'oeil à, vous savez, l'art", 168 ;
- même principe avec les "it's not as if", traduits littéralement avec lourdeur, par ex. p. 22 et 267, avec les italiques anglophones qui vont bien ;
- les formules d'appui du discours comme "I mean" ("je veux dire" - par ex. 16, 25, 39, 59, 117), "I suppose / imagine" ("Ouais, je suppose", 105 ; "Je suppose que non", 128 ; "ça se tient, j'imagine", 131 ; "Je suppose. Ouais", 143 ; "Ouais, j'imagine", 182 ; "Nous avons du coeur, j'imagine", 233 ; "ça fait partie du new sound, je suppose", 233), obsédantes dans ce texte, ainsi que les questions tags (par ex. : "- Tu le sais, n'est-ce pas ? / - Vraiment ?", 247) auraient gagné à être éliminées (de même que "je suis supposé escalader la fenêtre" aurait peut-être été mieux traduit par : "Je suis censé escalader ta fenêtre") ;
- la présentation des dialogues, avec didascalies intégrées ("- Exactement. (Je souris.) Comment tu t'appelles, au fait" ?, 23) n'est pas francophone. Aller à la ligne et dynamiser l'oralité ne nuit pas au roman de divertissement ;
- le traducteur a les devoir et droit de traduire : l'expression "c'est un total tombeau", 27, doit signifier en français : "c'est un tombeau" - le "total" tentant de singer un idiolecte djeunse se révèle ici total limite genre style nul ; le who knows mérite aussi d'être transposé sous peine de lourdeur : "- Que s'est-il passé ? / - Qui peut le savoir ?" peu oralisé pour des djeunses, 235 ; les figures de renforcement anglophones ne sont pas les mêmes qu'en français : "avais-je bien entendu cannibales ?", 235, est lourd ; attention aux expressions idiomatiques qui doivent être transposées ("- Fénorme, dis-je, en me rappelant de ne plus poser de questions à partir de maintenant", 282) ;
- le terme de "kids" pose un problème de traduction, mais une chose est sûre : sa transposition en "gosses" n'est presque jamais une bonne solution (quel jeune dirait "une bande de gosses s'étaient rassemblés", 29, par ex., cf. aussi 287 ?) ;
- la langue française dispose de plusieurs verbes, eh oui, qui permettent parfois d'éviter la répétition de "faire" : dommage que, par ex., en une demi-page 29, les préparateurs milanais n'aient pas jugé opportun de dynamiser les quatre occurrences ("comme il le faisait toujours chaque fois", sic ; "le conducteur se ferait saucer", tut tut tut, pas de faute de frappe, mauvais esprits ; "en faisant néanmoins passer son étui" ; "cela faisait une drôle d'impression") ;
- les jurons posent un autre problème de traduction, mais le terme de "jurons", les expressions comme "nom d'un chien" ou "nom de Dieu" ne paraissent pas opportunes dans l'idiolecte d'un djeunse moderne ;
- les syntagmes comme whatever ("un entretien d'embauche ou je ne sais quoi", 33 ; "c'est sans doute une clocharde ou, (sic) je ne sais pas", 79 ; "comme les Rockettes ou je ne sais quoi", 184 ; "Jimi Hendrix ou je ne sais quoi", 310), in some way ("Min étudie l'espagnol, en quelque sorte", 117, voir aussi "vu que tu es la chanteuse, et tout ça", 119), or something ("Ne pourrait-on s'appeler tout simplement 'Invités spéciaux' ou quelque chose de ce genre ?", 182 ; "Elle se sert de tisanes et de trucs de ce genre", 213), anyway ("Qui êtes-vous, de toute façon ?", 213 ; "que signifie 'plasma', de toute manière ?", 252 ; "ce n'était probablement qu'une coïncidence, de toute façon", 270) et autres syntagmes du type as far as I am concerned donnant "pour ce que j'en sais", 237 / "pour ce que ça vaut", 312, "lui m'a l'air trop rapide, si tu veux mon avis", 253, ne sont pas traduisibles tels quels, il convient de faire un ch'tit effort de reformulation pour donner le sens sans donner à lire la transcription d'une expression anglaise ;
- "réaliser" est un anglicisme, on lui préfèrera : se rendre compte, s'apercevoir, découvrir, prendre conscience, etc. ;
- l'expression "rouler des yeux" est curieuse en français ; pour ma part, je ne suis pas convaincu que "I rolled my eyes" mérite une traduction littérale, le traducteur hésitant d'ailleurs entre une construction transitive ou intransitive (par ex. 42/44/185) ;
- la grammaire a son importance, si-si : ainsi, "elle produisit un petit bruit désapprobateur" (46) tendrait à personnaliser le bruit, ce qui n'est pas l'effet voulu : ici, le sens est : "un petit bruit de désapprobation" (savoir si "produire" convient bien est une autre question, pas forcément inutile) ;
- d'une façon générale, il convient de se méfier des adjectifs anglais : "ton stupide chat" (98) conservé avec l'inversion substantif / qualificatif n'est pas une bonne traduction, pas plus que l'emploi de "foutu" ("ce foutu Astor Michaels", 225 ; "Foutus gènes du champagne", 229  ; "ce sont de foutus cannibales", 235 ; "foutu chasseur de vampires", 268) ;
- "OK" gagne le plus souvent à être traduit, de même que "sûr" qui, tout court, ressortit directement de l'anglicisme, cf. 57 et 104, par ex. : "- Tu vas bien ? / - Sûr." ;
- certaines expressions n'ont aucun sens en français sans un minimum de transposition : quid, par ex., de "sa voix mourut dans un soupir", 118/215/271 ? de "Je m'éclaircis la gorge, acceptant la rebuffade", 128 ? de "Sa pomme d'Adam fit le yoyo", 160 ?
- l'utilité de certaines annotations aurait pu être réévaluée à la traduction ("Ellen termina sa bouchée de pâtes au fromage", super, on est content, 128), de même que certains effets de suspense lourdauds ("Tout se déroulait trop bien. J'aurais dû savoir qu'un truc finirait par coincer", tadaaam, 137) ;
- et rappelons au passage que dans l'expression "grand ouvertes", grand ayant valeur adverbiale, il ne s'accorde pas avec "ouvertes" (177, 203).
Si l'on ajoute à cela des expressions maladroites ("Je parcourus les CD étalés sur son lit pour tâcher de démêler ses influences", 33 ; "Moz nous figea net", 42, nous figea, donc ; redondant "tout s'emboîtait de manière cohérente", 52 ; "Un point de plus pour le veto selon Moz", 185 ; "Minerva et lui échangeaient des messes basses", 194 ; "un hoquet à l'ail", 209 ; "le soleil qui se déversait dans la salle à manger", 229 ; "Je signai, comme il l'avait toujours su", 249 ; "un truc aussi futile qu'un concert gratuit", 297) et des facilités dispensables ("elle découvrait un peu trop de dents pointues", 112), on comprend la déception profonde que l'on est susceptible d'éprouver à la lecture d'un texte qui méritait, assurément, un meilleur sort, au regard du talent et de l'humour de l'auteur. Peut-être pour les prochains (feint-on d'espérer) ?
BF

21/04/2008

Risque zéro de conduite

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Après une double présentation de « 15-20 », nous abordons un nouveau diptyque sur une collection pour jeunes lecteurs. Avec Risque zéro (Milan, « Macadam », 297 p., 9,5 €, trad. Marie Cambolieu) et son attrayante couverture, Pete Hautman nous permet de poursuivre notre exploration des romans « futuristes » pour ados. Cette fois, nous sommes en 2074, et nous suivons les aventures de Bo Marsten, seize ans, citoyen des états-Unis Sécurisés d’Amérique. Le pitch est à la fois excellent et inquiétant : dans le futur, tout risque a disparu. Pas par magie : par décision gouvernementale. En prendre un soi-même ou en faire prendre un à un autre est un délit.
Nous voici donc face à un roman à thème totalitaire, comme, par ex., Scott Westerfield en a écrit une trilogie sur la beauté obligatoire (série des Pretties, Pocket Jeunesse) ou notre cher Jean Molla sur le bonheur obligatoire (Felicidad, Gallimard Jeunesse). Le genre oblige le héros principal à se révolter contre cet ordre moral, puisque cette révolte est le moteur narratif d'un tel récit. En l’occurrence, Bo est trop sanguin pour se soumettre à la sérénité obligatoire et résister aux provocations de Karohls, ce méchant fan des crèmes de sa môman, qui tente de draguer entre ses bras la petite amie de son pire adversaire.
Pete Hautman déroule alors son récit de façon maîtrisée : après un report d’exécution de peine, le héros est, comme son père et son frère, emprisonné pour comportement décidément non-conforme. Va s’ensuivre une double lutte pour sa libération : d’une part à l’aide de son avatar virtuel, un « cyberspectre » qui essaye de faire de l’humour et de jouer à l’avocat malgré les dangers qu'il encourt ; d’autre part grâce à la folie furieuse de Martel, patron de l’usine qui fait office de centre pénitentiaire où l’on rassemble les jeunes délinquants : grâce au sport, il y a peut-être une porte de sortie...
Semé d’inventions rigolotes (l’apprentissage de l’humour, le grand-père grognon, le décor de l’usine à pizzas, et surtout le surgissement de Sammy Q., un spammeur virtuel que personne ne contrôle et qui distille ses conseils de sécurité dès qu’on ouvre son ordinateur), le champ romanesque paraît pourtant un brin longuet. On sait en effet qu’un romancier pour la jeunesse en mal d’inspiration raconte l’organisation d’une compétition ou la préparation d’une pièce de théâtre ; il n’empêche qu’on s’ennuie un brin, malgré les efforts de l’auteur, quand il nous inflige le récit de la longue préparation physique et la description d’un match de foot américain illégal, équivalent de la séquence « entraînement » dans un roman pour garçons (cf. post sur http://master2.hautetfort.com/archive/2008/04/18/avez-vou...).
Même si l’ennui n’est pas une caractéristique littéraire (nous parlerons plutôt d’allongement important et peut-être disproportionné du temps du récit, d’effet de grossissement narratif sur une séquence, de dilatation extrême d'un motif romanesque, par ex. pour le retour larmoyant du père, dont l’intérêt nous a échappé), force est de constater aussi de nombreux défauts textuels : saturation des « hocher la tête », « hausser les épaules », « déjà », « bien », anglicismes du type « je veux dire », « réaliser » au sens de « s’apercevoir », « cette fichue balle », 140, « on n’a pas le choix » pour « on n'a pas d’autre choix », 191 ; quelques notations dont on a du mal à saisir l’intérêt (« ma réponse était aussi sardonique que méchante », 91), parfois pour cause de stéréotypes (« ses gestes étaient plutôt vifs et gracieux, si surprenant que cela puisse paraître pour quelqu’un de sa corpulence », argh, 127) ; quelques imprécisions (« c’est le dernier de mes soucis », 113, quand « cadet » semblerait s’imposer) et autres cuts lourdauds (« j’avais comme l’impression qu’on nous préparait à démolir quelqu’un d’autre », 169, rajouter « tadaaam » pour faire bonne mesure, au cas où le lecteur n’aurait pas compris qu’il y avait là du suspense). Mais de jolies trouvailles, l’emploi sporadique de syntagmes surannés par une traduction fort acceptable, le savoir-faire de Pete Hautman habilement rythmé par des chapitres brefs, et un bon bouclage du récit font de Risque zéro une lecture globalement plaisante et un texte supérieur à la « rédaction à thème » qu’il promettait d’être.
Ce n’est pas rien.
BF