25/03/2008

Croque'n'roll

498464945.jpgLes éditeurs ont toutes les audaces. Voici que, non contents de nous déranger chez nous en nous envoyant des opuscules, ils osent à présent les mander non dédicacés. Oui, vous avez bien lu : non dédicacés ! On croit rêver ! Ce nonobstant, par bonté d'âme, par souci d'informer nos lecteurs et parce que nous ne désespérons pas de voir Les 400 coups revenir à la raison, nous allons recenser leur nouvelle production dans la trilogie fersénienne. Mais quand même...

I) Musique et édition : le cas Thomas Fersen
     1) Le nouvel album
1511359073.jpgAprès Dugenou et avant Les Malheurs du lion, l'éditeur québécois propose avec Croque, à paraître le 10 avril, un produit très ciblé pour le public de sa maison-mère. Thomas Fersen, vedette au Québec comme en France, est ici mis en image par une jeune illustratrice de nos cousins, Manon Gauthier, distinguée outre-Atlantique "dans la catégorie relève" pour son précédent album. Les amateurs de chanson loufdingue connaissent l'histoire de cet obsédé de la nourriture qui, à force de faire des trous, des p'tits trous, encore des p'tits trous pour y enterrer les gens, a toujours un p'tit creux. Pour lui rendre justice et faire son propre trou, l'illustratrice troue son dessin, coupe et colle, griffonne et écrit, zoome et flèche, joue de l'approximation, de la connexion saugrenue, de l'absence de perspective, de la similitude entre de2014579546.jpgux illustrations accolées et du trait naïf pour suggérer, suppose-t-on, l'esprit un rien branque du héros.
     2) La poly-exploitation
Thomas Fersen lui-même a bien compris l'intérêt de décliner un succès pour ne pas décliner. C'est en effet un habitué de la multi-exploitation (album studio, album live, best of, DVD) et de la poly-exploitation, sous trois angles. Premièrement, les partitions ; deuxièmement, les oeuvres de commande comme Un poil dans la choucroute (Textuel, 2007) ; et, troisièmement, les albums pour la jeunesse : outre la trilogie des 400 coups,  signalons ainsi Bucepéhale, avec Robert Doisneau, auteur de la photographie qui ornait Le Bal des oiseaux, premier album de Thomas Fersen (Le Rouergue, 1998), et La Chauve-souris illustrée par Aude Poirot, une illustratrice née en 1978 (Points de Suspension, 2003). Qui doutait que la poly-multi-exploitation fût un art ?

II) Edition et musique : les adultes aussi
     1) Les essais
Le rapprochement entre industrie musicale et production éditoriale n'est pas nouveau. L'édition pour la jeunesse a souvent albumisé chansons et comptines, traditionnelles ou signées d'auteurs-compositeurs réputés. L'ère semble cependant se prêter singulièrem1002112953.jpgent bien à ces rapprochements. A nous Paris n° 388, publié le 17 mars 2008, notait p. 8 que, "depuis quelques années, les éditeurs français publient traductions et bios, se disputant le marché porteur du livre rock" (comprendre : livre sur le rock, comme certains whiskeys), dont le développement serait une "success story".
     2) Les romans
Dans Le Monde Radio-télévision des 16-17 mars 2008, p. 35, Cécile Backès, "metteur en scène de théâtre, actrice et grande fan des Rolling Stones", observe que "les essais [sur le rock] fourmillent" - les BD sur les paroles des chanteurs et groupes aussi -, mais le rock a "très peu inspiré les romanciers". Elle a donc conçu pour France Q des émissions, diffusées depuis le 22 mars jusqu'au 19 avril, "sur des icônes du rock1002112953.jpg à partir des rares livres de fiction qui leur ont été consacrés" chez Léo Scheer (Fonction Elvis de Laure Limongi), Al Dante (Héroïnes de Christophe Fiat), Naïve (Les Doigts écorchés de Sylvie Robic, et Un démocrate, Mick Jagger. 1960-1969 de François Brégaudeau), avec une création inédite de Claudine Galea sur Patti Smith (photo), laquelle fait l'objet d'un numéro spécial de Libération ce jour, et expose ses oeuvres (enfants non compris) du 28 mars au 22 juin (et non du 8 mars au 8 juin comme l'affirme Caroline Besse dans son article) à la Fondation Cartier, à Paris. Rens. : http://fondation.cartier.com/main.php?lang=1&small=0.
BF