04/06/2008

Polie poly-exploitation (V2)

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Brigitte Smadja a co-scénarisé avec Charles Sirjacq Il faut sauver Saïd, un livre mignonnet paru à l'école des loisirs et chéri par l'Education nationale. En vedette : un gentil enfant sage qui apprend ses leçons, lit le dictionnaire, écrit gentiment, jusqu'au moment où, etc. Le téléfilm sera diffusé ce samedi 7 juin à 20 h 55, en même temps que Portugal-Turquie. Les amis du gnagnagna seront comblés par le pitch : "Comment un petit garçon avide de savoir va-t-il réussir à être un excellent élève promis à un bel avenir face à un environnement menaçant ?" Pfff... Du danger d'abuser de l'adjectif ! Bande-annonce sur : http://jeanmarcmorandini.tele7.fr/article-15767.html.
Françoise Hache-Bissette, que les habitués de ce blog et les étudiants du M2 pro connaissent sur le bout des yeux, nous signale que le téléfilm fait l'objet d'un dossier pédagogique... que voici : TELESAID.pdf.
BF

29/01/2008

Marie Desplechin croque la Pome d'or

0c60db704322abfae1b3a877b504c8ca.jpgElle a popularisé le genre et en est devenue la spécialiste : Marie Desplechin a connu, en "jeunesse", un grand succès avec Verte, un roman poly-focalisé (plusieurs personnages narrent l'histoire). Ses deux dernières parutions à l'école des loisirs développent le procédé.
1fef8b828a17a555b96c7dd9cfcf0565.jpgEn "Neuf", Pome, paru en sept. 2007, prend la suite de Verte en élargissant la galerie de personnages, qui vont successivement donner une version d'un bout de l'histoire. La petite sorcière rencontre une petite voisine (Pome, dite Carotte par les intimes, alors qu'on aurait pu l'appeler Carote, par ex.) qui se révèle, elle aussi, sorcière. Mais on n'est pas sérieux quand on est une petite sorcière, et les deux gamines vont bientôt divulguer leur secret plus largement qu'autorisé... avant de tenter de défendre la parité : pourquoi les garçons (surtout quand ils sont beaux) ne seraient-ils pas aussi sorciers ? Le texte, bavard mais écrit avec cette élégance classique qui fait le charme des romans desplechiniques, regorge de tics ("tout", "bien", déjà", "faire", "je ne pouvais m'empêcher de"), avec néanmoins de plaisantes trouvailles ("Elle n'est pas nulle, elle est limitée", 10 ; "C'est grave si tu crois que c'est grave. Mais si tu ne le crois pas, ce n'est pas grave du tout", 45 ; "Ma vie n'est pas très longue, elle se compose surtout d'enfance", 83 ; "Pour apprécier ses parents, on devrait les comparer", 93 ; "Ma mère n'aime pas voir souffrir, ça l'énerve", 109 ; "C'est toi qui t'y colles, ça t'apprendra d'avoir des idées", 146) pour soutenir le plaisir d'une lecture charmante et ronronnante à la fois, gâchée par quelques bégaiements ("Toutes les installations nécessaires au travail étaient installées au centre", 46), quelques répétitions qui auraient pu être allégées et quelques sursauts gnangnan surprenants chez une telle maîtresse styliste ("L'absence d'une amie, c'est la présence de son souvenir", snif, 86). Heureusement, les fautes typo sont plus rares (voir quand même 119 et 153 pour finir en mocheté) que dans le deuxième opus.
ff411456643595566e4ceaf7ad79e8b2.jpgCelui-ci, intitulé Les Yeux d'or, est paru en janvier 2008 dans la collection "Médium". Il commence dans une ambiance muraillienne, entre Marie-Aude et Elvire. Mme Sée, Edmée de son prénom, est une mystérieuse opticienne fascinée par les étoiles. Sous l'oeil de son éphémère collègue Sonia, elle ne parle pas, elle vole des photos célestes qu'elle restitue, elle ramasse de l'or sur les paupières d'un enfant qu'elle garde. Mais cet enfant disparaît. Est-il parti au Paradis ? L'a-t-elle tué ? Vous le saurez en lisant ce texte poly-focalisé, où les narrateurs se passent et repassent la parole, et dont le genre circule du fantastique au policier en passant par la robinsonnade amiennoise. Les récurrences d'écriture citées ci-dessus, auxquelles s'ajoutent les omniprésents "secouer / hocher la tête" et "hausser les épaules", se retrouvent dans ce texte, dont l'ambiance trouble se dissipe rapidement au profit d'un mélange gentillet de récit de fugue et de pseudo-thriller. Original, en un sens, mais pas totalement convaincant, à mes yeux pas d'or. D'autant que les trouvailles desplechiniques ("Tu es mauvais en maths ? - Non, mais je peux le devenir", 59 ; "Je suis revenu chez elle. Je suis revenu de nombreuses fois et elle a bien été obligée de m'aimer", 60 ; "Est-ce que tu le sais, toi, pourquoi les étoiles, l'or et les jardins ?", 128 ; "Il a un trou noir à la place du coeur, ce sera à force de vivre dans les espaces infinis, ça l'a gelé", 143) sont un peu gâchées par des "trucs" décevants ("J'étais loin de prévoir où les choses allaient l'entraîner", 101, gnagnagna ; cliché in extenso de la remise de carte par le flic, 139 ; happy end avec mariage obligé ; facilités invraisemblables sur le menu du garçon, 117, les possibilités d'échapper aux contrôleurs, 110, etc.) et de très nombreuses fautes de frappe (par ex. : "Qu'est-ce que c'est.?", 40 ; "ses loyers, ses transports, Ses repas", 74 ; manque ponctuation fin de phrase p. 90, l. 5, p. 138 avant-dernier par., p. 186 milieu de p.). Dommage que l'éditeur ait manqué de rigueur dans la production du texte final d'une spécialiste de la poly-focalisation, à lire à ce titre au risque d'éprouver une petite déception...
BF

22/01/2008

Les dits de l'indicible

4c2a4d495cbfdd41ac56d873dd225ad6.jpgLe rapport entre enfance et génocide fait parler de lui. Parmi les manifestations à signaler, évoquons-en quelques-unes.
D'une part, le 31 janvier, à l'Athénée municipal de Bordeaux, une journée d'études au titre large ("Les enfants et la guerre. Réparer l'irréparable")... et trompeur : elle est, en réalité, presque entièrement centrée sur "la Shoah". L'entrée est chère, mais elle est gratuite pour les étudiants (rens. : http://entretiens.crif-sudouest.org/edlg-programme.html).
D'autre part, autour du livre L'Enfant et le génocide. Témoignage sur l'enfance pendant la Shoah (Robert Laffont, "Bouquins"), qui n'inclut aucun témoignage publié à destination de la jeunesse, faut pas abuser, une tournée va essayer de vendre cette somme. Notons une conférence au 01b9911715f1437c55016beb0d2b4826.jpgCRDP d'Orléans le 25 janvier ; puis, à Paris, une rencontre le dimanche 27 après-midi sur "L'enfant pendant la Shoah", une table ronde le 30 janvier sur "Enfance, témoignage et Shoah" (avec présentation des curieux Carnets de Lieneke), et, le 13 février, un truc non spécifié intitulé "L'enfant et le génocide". Une réservation est "indispensable" pour ces trois dernières manifestations. Rens. : http://entretiens.crif-sudouest.org/edlg-programme.html.
BF