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21/04/2008
Risque zéro de conduite

Après une double présentation de « 15-20 », nous abordons un nouveau diptyque sur une collection pour jeunes lecteurs. Avec Risque zéro (Milan, « Macadam », 297 p., 9,5 €, trad. Marie Cambolieu) et son attrayante couverture, Pete Hautman nous permet de poursuivre notre exploration des romans « futuristes » pour ados. Cette fois, nous sommes en 2074, et nous suivons les aventures de Bo Marsten, seize ans, citoyen des états-Unis Sécurisés d’Amérique. Le pitch est à la fois excellent et inquiétant : dans le futur, tout risque a disparu. Pas par magie : par décision gouvernementale. En prendre un soi-même ou en faire prendre un à un autre est un délit.
Nous voici donc face à un roman à thème totalitaire, comme, par ex., Scott Westerfield en a écrit une trilogie sur la beauté obligatoire (série des Pretties, Pocket Jeunesse) ou notre cher Jean Molla sur le bonheur obligatoire (Felicidad, Gallimard Jeunesse). Le genre oblige le héros principal à se révolter contre cet ordre moral, puisque cette révolte est le moteur narratif d'un tel récit. En l’occurrence, Bo est trop sanguin pour se soumettre à la sérénité obligatoire et résister aux provocations de Karohls, ce méchant fan des crèmes de sa môman, qui tente de draguer entre ses bras la petite amie de son pire adversaire.
Pete Hautman déroule alors son récit de façon maîtrisée : après un report d’exécution de peine, le héros est, comme son père et son frère, emprisonné pour comportement décidément non-conforme. Va s’ensuivre une double lutte pour sa libération : d’une part à l’aide de son avatar virtuel, un « cyberspectre » qui essaye de faire de l’humour et de jouer à l’avocat malgré les dangers qu'il encourt ; d’autre part grâce à la folie furieuse de Martel, patron de l’usine qui fait office de centre pénitentiaire où l’on rassemble les jeunes délinquants : grâce au sport, il y a peut-être une porte de sortie...
Semé d’inventions rigolotes (l’apprentissage de l’humour, le grand-père grognon, le décor de l’usine à pizzas, et surtout le surgissement de Sammy Q., un spammeur virtuel que personne ne contrôle et qui distille ses conseils de sécurité dès qu’on ouvre son ordinateur), le champ romanesque paraît pourtant un brin longuet. On sait en effet qu’un romancier pour la jeunesse en mal d’inspiration raconte l’organisation d’une compétition ou la préparation d’une pièce de théâtre ; il n’empêche qu’on s’ennuie un brin, malgré les efforts de l’auteur, quand il nous inflige le récit de la longue préparation physique et la description d’un match de foot américain illégal, équivalent de la séquence « entraînement » dans un roman pour garçons (cf. post sur http://master2.hautetfort.com/archive/2008/04/18/avez-vou...).
Même si l’ennui n’est pas une caractéristique littéraire (nous parlerons plutôt d’allongement important et peut-être disproportionné du temps du récit, d’effet de grossissement narratif sur une séquence, de dilatation extrême d'un motif romanesque, par ex. pour le retour larmoyant du père, dont l’intérêt nous a échappé), force est de constater aussi de nombreux défauts textuels : saturation des « hocher la tête », « hausser les épaules », « déjà », « bien », anglicismes du type « je veux dire », « réaliser » au sens de « s’apercevoir », « cette fichue balle », 140, « on n’a pas le choix » pour « on n'a pas d’autre choix », 191 ; quelques notations dont on a du mal à saisir l’intérêt (« ma réponse était aussi sardonique que méchante », 91), parfois pour cause de stéréotypes (« ses gestes étaient plutôt vifs et gracieux, si surprenant que cela puisse paraître pour quelqu’un de sa corpulence », argh, 127) ; quelques imprécisions (« c’est le dernier de mes soucis », 113, quand « cadet » semblerait s’imposer) et autres cuts lourdauds (« j’avais comme l’impression qu’on nous préparait à démolir quelqu’un d’autre », 169, rajouter « tadaaam » pour faire bonne mesure, au cas où le lecteur n’aurait pas compris qu’il y avait là du suspense). Mais de jolies trouvailles, l’emploi sporadique de syntagmes surannés par une traduction fort acceptable, le savoir-faire de Pete Hautman habilement rythmé par des chapitres brefs, et un bon bouclage du récit font de Risque zéro une lecture globalement plaisante et un texte supérieur à la « rédaction à thème » qu’il promettait d’être.
Ce n’est pas rien.
BF
00:00 Publié dans Actualité de la LIJE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : pete hautman, milan, macadam, marie cambolieu



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