23/03/2008
Allez, Elvis, presse-les !
La Balade d’Elvis de Francisco Arcis, paru au Seuil dans la collection « Karatère(s) », est un petit roman de 94 pages visant les lecteurs « à partir de treize ans ». Il narre l’histoire de Caroline, AS fraîchement diplômée, qui doit accompagner un djeunse au tribunal. Son souci d’être sensible et douce et gentille, par opposition à un système méchant tout plein, la pousse à se conduire comme une gamine et pas du tout comme une professionnelle de l’enfance. C’est dire si la question posée en explicit de quatrième est rhétorique : « à trop vouloir bien faire, la jeune AS n’est-elle pas sortie, dès le début, de son rôle ? » Si, bien sûr. En revanche, il n’est pas certain que ce roman, inscrit dans une collection qui prétend proposer « une littérature adolescente de caractère », ce qui vous a un petit côté Grimbergen, « bière de tradition et de caractère », ait rempli sa fonction.
Le texte est tout entier focalisé par l’aspect « histoire vraie », censé compenser le manque d'intérêt narratif et littéraire, lui-même prouvant l'authenticité du propos : Francisco Arcis « est éducateur spécialisé », il « dépeint ici (…) un univers qu’il connaît bien », « toute ressemblance avec des personnages existants (sic) n’aurait rien de fortuit », etc. Dès lors, il n'est pas illogique que ce roman soit proche d’une espèce de synopsis dialogué, dont la pauvreté peut être crainte dès le prologue où l’auteur promet de rendre compte d’une « vraie aventure humaine » avec des ados « cabossés par la vie », qui sont « terriblement attachants » et n’ont « qu’un besoin viscéral : celui d’être aimés ». Snif. Du moins ne ment-on pas sur la marchandise. En effet, le reste n’est que clichés, topoï et silhouettes de personnages à peine esquissées. Il y a là une cohérence dans le propos : pour valoriser son message, l’auteur préfère s’en tenir à une galerie de rôles-types, car chacun joue son drôle de rôle - la gentille AS un peu cruchouille, le gentil gamin pas gâté par la vie et roublard, la mère qui s'en tape dans différentes acceptions, le salopard qui deale… de la beuh (faut pas trop choquer), le juge paternaliste, les éducateurs pas méchants mais pas parfaitement respectueux, etc.
Par moments, ce brouillon de roman glisse quelques traces d’humour : la mère change de copain parce que, habitant Pise, elle a « un penchant » pour les hommes, 60 ; l’avantage d’Elvis sur Dylan, c’est qu’au moins on sait à qui le prénom fait allusion, contrairement à Bob Dylan Thomas, par ex., 10. Mais ce sont surtout les lieux communs qui retiennent l'attention. Citons ainsi la téci avec son ascenceur en panne, les méchants, la gentillesse du héros qui se manifeste par son refus de dealer du shit – il ne fait que du recel –, et des expressions comme : « Oh, ça va, arrête un peu les violons. Tout ce que tu sais faire, c’est t’apitoyer sur ton sort. Ça, c’est facile », 47, pfff… Le texte est marqué par quelques notes de bas de page pédagogiques, quelques métatextes chargés d'insister sur le pseudo-réalisme du « langage djeune » (« chichon », « d’équerre »...), et l’impression de vide narratif et intellectuel cuisant. Certes, on ne doutera pas de la sincérité de l’auteur, mais on ne doutera pas davantage de son manque d’ambition littéraire. Dans la mesure où c’est cette ambition qui était susceptible de nous intéresser ici, nous ne conseillerons pas aux lecteurs de ce blog de se précipiter sur un ouvrage vendu 7,50 €, sous une aguichante première de couverture signée Merlin.
BF
00:00 Publié dans Actualité de la LIJE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : francisco arcis, le seuil, karactère(s)



Commentaires
je suis tout à fait scandalisée par cette critique. si vous n'avez pas aimé, ce qui peut hélas arriver il n'est pas nécessaire de faire une critique aussi blessante ou méchante. savez vous ce que c'est d'écrire un livre pendant des mois pour se faire casser en quelques minutes ? les critiques négatives peuvent être constructives, alors que la votre n'a que pour but de blesser. apprenez donc un peu d'humilité, cela vous fera du bien imbécile.
Ecrit par : Marion | 27/10/2009
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