16/03/2008

L'art délire selon Jenner Metz

22548225.jpgLa réécriture de contes et d’intertextes célèbres est un sujet chéri des enseignants, et un axe parfois surexploité de la critique pour la jeunesse. Alors que Gaïa a publié en février Entre le chaperon rouge et le loup, c’est fini (Katarina Mazetti), Florence Jenner Metz a fait paraître, elle, Une souris verte et autres délires chez Alice Jeunesse, éditeur bruxellois. Intervenante à l’IUFM de Strasbourg, elle propose dans ce livre des variations, façon Zazie dans la littérature pour la jeunesse, autour de quatre intertextes connus : « La souris verte », « Le bon roi Dagobert », « Le corbeau et le renard » et « Les trois petits cochons ».
Disons-le d’emblée : le projet intéresse, mais la première variation sur le rongeur écologique, à la manière d’une tragédie, déçoit. Les alexandrins sont approximatifs, ce qui est impardonnable dans le cas d’un pastiche digne de ce nom (« Ah ! perfide souris, tu penses donc échapper », alexandrin de treize syllabes, p. 12). Le problème se reposera pour chaque versification (sonnet, p. 26 ; méditation poétique, p. 38), genre que Florence Jenner Metz, bien qu’elle enseigne le français, ne semble pas du tout maîtriser. Par la suite, la lecture oscillera. Tantôt, on rira franchement devant un humour alla Jean-Louis Fournier (traduction de la comptine en « Vérité générale : les souris, ça fait des crottes », p. 23 ; descriptions sportives du bon roi Dagobert en exhibitionniste ou en joueur de tennis, p. 42 ; horoscope des trois petits cochons, p. 102 ; dernier chapitre consacré au commencement, façon genèse). Tantôt, on jugera à bon droit l’exercice scolaire et peu inventif (attendue discussion pseudo-djeune entre Renardino et Kevin le Corbac, p. 84 ; pseudo-haïkus conçus comme de simples assemblages de trois vers, p. 104 ; la parodie, trop sage, ne décolle jamais, ne pratique pas le cross-over, se contente de reproduire gentiment un procédé annoncé d'emblée). Au point que, à l’explicit, la déception domine. Faute d’avoir vu la « griffe » personnelle de l’auteur, on aura davantage l’impression d’avoir eu affaire à quatre copies bien cadrées sur quatre thèmes et variations, éventuellement destinées aux prescripteurs de l'EN, plutôt qu’à un projet littéraire dont on peine à saisir la teneur ; aussi doit-on reconnaître que, dans le genre fort répandu du rewriting parodique, on a lu plus belle et stimulante ouvrage.
BF

Ecrire un commentaire