13/11/2007
L'ABC de la BCD
Un documentaliste en BCD, ça sert à quoi ? Loin des mémoires descriptifs, Mme Sylvie Bégué s'est lancée dans un plaidoyer ultra problématisé avec, en tête, une question : faire passer la littérature pour la jeunesse en BCD nécessite-t-il la compétence d'un bibliothécaire professionnel ? Pourquoi ? Et quelle formation spécifique envisager pour lui ? Après une page de garde d'une troublante sobriété (Mémoire Sylvie Bégué 1.pdf), la néo-doctorante, désormais titulaire d'un master 2 professionnel mention Très Bien, propose donc une réflexion très structurée sur une question qui lui tient à coeur. On en découvrira beaucoup plus en cliquant sur : Mémoire Sylvie Bégué 2.pdf.
BF
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Commentaires
Le débat s'est engagé : ce mémoire est-il un mémoire de bibliothécaire ou d'enseignante ? La principale intéressée a apporté sa pierre aux remous entraînés par son travail.
"Je suis sensible, déclare-t-elle, au fait que mon mémoire soulève des débats : la discussion que vous évoquez entre mes camarades de M2 nouvelle cohorte met le doigt sur l'ambiguïté de notre métier d'enseignant-documentaliste ou professeur documentaliste (une de mes collègues signe carrément 'enseignante professeur documentaliste' tous les messages qu'elle poste sur cdidocs !).
Personnellement, et même si j'ai bénéficié à plus d'un titre de la création du Capes de documentaliste, je regrette cette appellation très vite revendiquée par mes collègues ; cela a conduit à des dérives, des amalgames : tel principal de collège aujourd'hui exige que la documentaliste soit aussi professeur principal, surtout si elle insiste trop sur ses compétences pédagogiques. Certes, nous en avons mais notre travail n'a rien à voir avec celui d'un enseignant de "discipline" ; il est complémentaire et transdisciplinaire.
Fallait-il vraiment prendre le titre de professeur pour être un bon documentaliste ? Je ne le crois pas. Pour preuve les témoignages de nos toutes jeunes collègues fraîchement issues du concours qui s'aperçoivent qu'on attend d'elles de faire la démonstration qu'elles ne savent pas seulement utiliser la photocopieuse, alors que le concours existe depuis 17 ans maintenant. Il fallait certes une reconnaissance institutionnelle de notre métier, mais pas plus que l'infirmière qui monte un club santé avec des élèves, pas plus que le surveillant qui les aide tout au long de la semaine, pas plus que le conseiller d'éducation, je ne saurai me faire appeler professeur, qui pour moi désigne un travail et une situation professionnelle bien précise.
Mes collègues bibliothécaires de médiathèque publique ont les mêmes compétences que moi, et le même rôle que moi auprès des adolescents. Ce n'est pas parce que je travaille en collège, en établissement scolaire, que je deviens professeur et surtout pas "professeur de documentation" : je suis et je resterai documentaliste-bibliothécaire, ou alors il faut nommer mes collègues professeur-infirmière, professeur-surveillant, etc. Ils ont un rôle pédagogique aussi important que le mien. C'est donc le mémoire d'une bibliothécaire travaillant en milieu scolaire que vous avez mis en ligne."
Débat re-lancé !
Bertrand Ferrier
Ecrit par : Bertrand Ferrier | 23/11/2007
Et le débat continue ! Le mémoire de Mme Bégué est-il un mémoire de bibliothécaire ou d'enseignante ? Isabelle S., étudiante de la promo 2008 du M2 pro, a un avis très différent de l'auteur du mémoire. Voici ce qu'elle déclare à l'auteur...
"Ton avis se respecte autant qu'il se discute. Autrement dit il n'engage que son auteur.Vaste débat dans la profession n'est-ce pas ce "titre" de professeur? Ni je le revendique (je supporte de plus en plus difficilement ce "corporatisme" des doc. dont je fais pourtant partie) ni je le dénigre ou sous-estime. En effet, je me trouve parfois plus enseignante que gestionnaire ou animatrice d'un centre de ressources. C'est par exemple le cas, lorsque je suis en classe avec des élèves et que j'ai :
1) un objectif pédagogique à atteindre
2) une notion à transmettre (un savoir documentaire. Et oui ça existe !!)
3)une compétence à faire acquérir (un savoir faire)
4) et parfois même un savoir être (je pense à l'attitude responsable à l'égard d'Internet par exemple)
5) je passe sur la méthode, le dispositif etc.
Ce qui me distingue le plus de l'infirmière ou du CPE auquel tu fais allusion et même de la biliothécaire de médiathèque c'est bien cette notion de savoir. Elle est plus importante qu'il n'y paraît. J'ai en effet pour mission (entre autres missions) de transmettre des savoirs et savoirs-faire documentaires (pour les profanes : il s'agit des notions de mots-clés, opérateurs booléens, notion de source de l'information ...). Pour preuve, notre inspection se déroule dans un cadre pédagogique où les élèves sont en situation d'apprentissage documentaire.
Je te rejoins toutefois lorsque tu parles de complémentarité et transdisciplinarité. Je voulais justement, simplement compléter ton intervention afin de ne pas réduire notre métier à celui d'animateur ou gestionnaire de centre. Il y a en effet cette "petite" nuance qui fait toute la différence.
Respectueusement.
Isabelle ... documentaliste
PS : félicitations pour ton mémoire de M2 que j'ai lu partiellement (faute de temps), mais avec grand intérêt."
Bref, on rrrrefait le mémoire et on rrrrelance le débat !
Ecrit par : Bertrand Ferrier | 23/11/2007
Madame Bégué,
Vous avez raison : notre métier est « ambigu » et les diverses dénominations le prouvent. Il semble que vous-même, dans votre mémoire, vous hésitiez entre
« documentaliste », « professeur-documentaliste » (11 occurrences) et « enseignant-documentaliste » (9 occurrences). Je crois que cette ambiguïté traduit en même temps la multiplicité de nos missions et la complexité de leur réalisation. Nous ne sommes pas que gestionnaires, de même que nous ne sommes pas que pédagogues. Cette double-casquette offre toutefois une grande souplesse et beaucoup de liberté : elle permet par exemple de proposer toujours de nouveaux projets pédagogiques (ce qui est d’ailleurs très pratique dans le cadre d’un mémoire de M2…).
Nous avons des « compétences pédagogiques », dites-vous, mais différentes d’un professeur de discipline. Il serait, me semble-t-il, intéressant de s’interroger davantage sur la nature de ces compétences et de se demander en quoi elles diffèrent de celles de l’enseignant de français, par exemple. Ceci mènerait également à nous interroger sur la nature des savoirs et comme le précise Isabelle S., des savoir-faire. L’élève doit acquérir des compétences documentaires (cf programmes officiels en français, en SVT, en histoire-géographie… et bien sûr, voir les compétences documentaires présentes dans le fameux B2I). Or s’il y a compétences documentaires à acquérir et à évaluer, il y a nécessairement transmission par un enseignant. Quel autre mot donner alors à celui qui se propose de transmettre un contenu cognitif à un ensemble d’élèves (une classe de 6e par exemple) dans une structure éducative (un collège par exemple) ? Que font donc ces élèves de 6e chaque semaine au CDI pendant l’heure « d’initiation aux techniques documentaires », inscrite dans leur emploi du temps ? Ils mènent un projet documentaire. Ils apprennent à rechercher, à sélectionner, hiérarchiser et à traiter l’information. Et si le professeur-documentaliste fait en sorte qu’ils puissent trouver le plus possible par eux-mêmes, qu’ils exercent leur esprit à être critique, ils ne peuvent se passer complètement d’un enseignant. Notre « travail » est certes « complémentaire » (Dieu merci, il n’est pas contraire !) et « transdisciplinaire ». Cela ne veut pas dire pour autant qu’il soit vide de tout savoir et de tout contenu.
Vous aurez compris que j’aime ce mot : enseignant. Je n’ai pas choisi de passer le concours de bibliothécaire mais le CAPES de documentation (une question est d’ailleurs posée de manière récurrente à l’oral du CAPES : pourquoi voulez-vous être professeur-documentaliste plutôt que bibliothécaire ?). J’admire le travail des bibliothécaires comme vous semblez vous-même le faire. Certains aspects du métier rejoignent le nôtre, comme d’autres s’en éloignent. De même l’infirmière ou le surveillant –disons plutôt assistant d’éducation, car il s’agit là encore d’une espèce en voie de disparition- ont des objectifs communs aux nôtres (encore heureux, si j’ose dire !) mais ils ont des compétences différentes de celles du professeur-documentaliste (je pense à l’élève malchanceux à qui je devrais administrer quelque remède…). Mais l’Histoire (je parle de la petite et courte histoire des professeurs-documentalistes) vous donnera sans doute raison : lorsque nous serons extirpés de nos CDI, et que pilotes d’un bassin, nous jetterons un œil distant sur les assistants d’éducation qui nous auront remplacé (voir InterCDI, juin 2007), vous pourrez asseoir la théorie qui sous-tend votre discours, selon laquelle un étudiant se situant entre BAC + 0 et BAC +5, étudiant en lettres, en STAPS ou en droit, possède les mêmes compétences qu’un professeur-documentaliste.
Votre humilité vous honore, Madame, pourvu qu’elle ne cache pas un cruel ressentiment. Nous savons très bien que, lorsqu’on arrive dans un nouvel établissement, il faut gagner sa place. Nous savons aussi que le professeur-documentaliste doit batailler ferme pour se faire reconnaître… en se faisant connaître pour ce qu’il est. Car aujourd’hui, la photocopie fonctionne parfois encore, en tandem avec le professeur-documentaliste.
Je dirai enfin, Madame Bégué, que votre discours me choque autant qu’il m’étonne. Jamais, en effet, je n’ai entendu parler ainsi une… « documentaliste » ? Mais peut-être tout cela est-il finalement dans l’air du temps… un temps qui change dangereusement.
Cordialement, Alice Reibel
Ecrit par : Alice Reibel | 25/11/2007
Chères collègues,
Je suis désolée, tout d'abord, de n'avoir pu vous répondre à toutes deux plus tôt ; des problèmes de connexion qui deviennent récurrents m'empêchent de communiquer via le net comme je le voudrais. Je suis bien marrie de vous avoir choquée Alice (permettez-moi de vous appeler par votre prénom, c'est ce que l'on fait entre collègues !!) mais je vais d'abord répondre à Isabelle. L'appellation de bibliothécaire-documentaliste (ou inversement) ne gênait en rien notre mission pédagogique ni n'entravait le développement de la reconnaissance de notre travail par nos collègues de "disciplines", enfin, je le crois. Je n'apprécie pas le terme de professeur ou d'enseignante parce qu'il implique pour moi des relations totalement différentes avec les élèves, qu'il inclut tous les côtés "sensibles "de la relation enseignant-élève, c'est-à-dire les notions de programme, d'évaluation. Et je crois que nous ne sommes pas les seuls (et que nous ne devons pas être les seuls) adultes dans l'établissement à transmettre des savoir-faire aussi délicats à acquérir que toutes les étapes de la recherche documentaire. Il y avait 800 élèves dans le dernier collège où j'ai exercé avec beaucoup de bonheur et toute la reconnaissance de l'équipe pédagogique (dont je faisais partie, rassurez-vous !) : comment sans être totalement inconsciente pourrais-je prétendre former tous ces élèves au long cheminement intellectuel qui va de l'analyse d'un sujet à la communication des recherches en passant par l'interrogation minimum d'un fichier informatisé, le choix de mots-clefs, puis la sélection des documents ? Pourquoi une infirmière ne serait-elle pas capable d'apprendre aux élèves à préparer une exposition à l'aide de documents variés sur le SIDA ou la nutrition ? Dois-je avoir le monopole de ces savoir-faire et de leur transmission alors que seule dans ce CDI je ne peux assumer toutes les tâches ? N'ai-je pas plutôt la chance que ma collègue infirmière saisisse cette occasion pour faire d'une pierre deux coups , avec ou sans moi ? Je ne conçois pas le métier de documentaliste comme celui d'un expert isolé et omnipotent: ma mission est de former tous , élèves et adultes. Si les adultes prennent le relais, mon travail n'en a que plus de valeur car il est reconnu par tous, il sort du cadre du CDI pour entrer au club santé, en classe, au gymnase. Et si les élèves font spontanément le lien avec le rôle de la médiathécaire du coin (pour moi, c'est exactement le même , elle transmet exactement les mêmes savoir-faire aux enfants ou aux adolescents, surtout aux enfants dont vous avez peut-être lu dans mon travail qu'ils bénéficient rarement d'une BCD en état de marche), bingo !! Le cadre est-il réellement différent ? Le simple fait qu'il faut toujours prouver nos compétences malgré l'âge du concours, que ce soit dans un nouvel établissement ou dans un premier étalissement, montre bien que cette appellation n'a fait que brouiller les cartes. Nos collègues les plus anciennes qui se sont battues pour un concours ( et pas forcément pour un CAPES) n'avaient-elles pas les mêmes missions , les mêmes compétences, les mêmes difficultés ? J'en connais qui ont eu toute leur carrière le respect et la reconnaissance de leurs pairs sans jamais avoir été nommée professeur-documentaliste !! Si les discussions sont si vives encore aujourd'hui (et peut-être plus que jamais) sur les listes de diffusion ou sur les blogs, c'est que les choses ne sont pas claires dans les esprits, voire qu'elles gardent ce côté ambigu qui me gène tant.
À vous, Alice, maintenant. À propos des diverses dénominations que j'ai utilisées dans mon mémoire, figurez-vous que j'avais à la fois le souci de ne pas "répéter les répétitions" et de donner les diverses expressions qui existent. Cela prouve aussi que je ne censure pas complètement les appellations de "professeur" ou d'"enseignant" documentaliste, ne serait-ce que parce qu'elles existent. Ceci dit, si vous demandez dans la rue au premier profane venu ce qu'est un professeur-documentaliste , ne risque-t-il pas de vous répondre que c'est quelqu'un qui donne des cours de documentation, que c'est un professeur de documentation, c'est-à dire un prof. comme les autres mais qui enseigne une autre discipline que les maths ou le français ? Sommes-nous des profs comme les autres, ou avons-nous de telles spécificités dans nos missions qu'elles réclament une autre appellation pour que les choses soient claires ? Et le péquin moyen ne sera-t-il pas plus à l'aise pour répondre si on lui demande ce qu'est un bibliothécaire-documentaliste ? Ce qui me gène aussi et beaucoup, c'est la disparition du terme de bibliothécaire : c'est pourtant là la base de notre métier, la gestion et l'animation d'une bibllothèque !! Quelle honte y a-t-il à "porter" ce terme ? Pour moi, c'est une fierté et y ajouter le terme de documentaliste indiquait le côté formation à la recherche, surtout dans un cadre scolaire où l'on se doute bien que ce savoir-faire n'est pas inné !! et au risque de vous choquer encore, j'ai choisi entre le Capes de doc. et celui de Lettres parce que... je ne voulais pas enseigner !! La différence était très claire pour moi entre la spécificité de ce métier et celle du métier des enseignants de lettres ou d'autres disciplines. Je devais gérer un lieu de ressources particulier et former les usagers au maximum afin qu'ils soient autonomes, voire que les uns forment les autres puisque je ne peux être omnipotente dans ce domaine, ne serait-ce qu'à cause du nombre !! Je suis peut-être dépassée maintenant mais sans doute plus claire avec moi-même que les collègues qui discutent de leurs statut, compétences, reconnaissance et autre depuis des semaines sur les listes de diffusion, au risque de paniquer ceux qui débutent. Vous avez raison, Alice, les élèves ne peuvent se passer de la transmission par un adulte des savoir-faire documentaires, mais il m'importe peu que ce soit le prof. de lettres, celui de maths ou d'EPS, l'assistant d'éducation ou ... ma pomme ! Il me semble même dangereux et stupide d'être en position de monopole, sachant d'ailleurs que "malheureusement", c'est surtout à moi que l'on demandera cette transmission , et ne me dîtes pas que les heures obligatoires en 6e portent leurs fruits à long terme, à moins qu'elles ne soient conçues et préparées dans le cadre d'un projet qui inclut la participation d'une majorité de disciplines et de leurs enseignants, et qu'elles soient pérennisées jusqu'en terminale, ce qui n'est pas le cas actuellement. Lire les témoignages des docs. de lycée et ensuite des responsables de B.U montrent que les lycéens
(malgré la mise en place des TPE) et les étudiants ne savent toujours pas faire de recherches ! Et je ne parle pas du fiasco des IDD, pour lesquels j'ai été formatrice pendant deux ans en Poitou-Charente.
Ne vous y trompez pas, je défends ce métier corps et âme, je l'ai choisi et ne le regrette pas une seconde (sinon, aurais-je défendu ce métier dans le cadre des BCD dans mon mémoire ?) Seulement, j'essaie de rester critique et d'observer ce qui se passe : une dérive techniciste (nous devenons des experts de compétences que tout citoyen devrait maîtriser) et ne sommes plus le responsable d'une bibliothèque. L'appellation de professeur ou d'enseignant n'a absolument rien changé et a seulement provoqué une crispation qui dure.
Alice, je suis enchantée d'être une documentaliste au discours "à part" : vous voyez bien que le terme prof. ou enseignant ne nous protège pas de l' éventuelle disparition de notre corps !!
Et malgré ma "mauvaise "tête, je vous assure toutes deux de mon estime professionnelle et vous souhaite en outre belle réussite dans le cadre de ce MASTER.
Biblio-documentalistement vôtre,
Sylvie Bégué.
Ecrit par : Sylvie Bégué | 29/11/2007
Mes excuses pour le délai dans la réponse : après une première réaction à chaud, je me suis sauvée en courant. D'où mon erreur de manipulation et les traces que j'ai laissé derrière moi (lambda)...
Pourquoi ? parce que je ne me suis jamais posé la question : je suis et reste une enseignante et que d'autres débats me semblent plus urgents. Mais ce débat est manifestement un souci et mérite que l'on s'y attelle. J'ai donc lu et relu les commentaires, le mémoire de Mme Bégué...
Mon instinct "corporatiste" m'incline à répondre sans hésitation : mémoire d'enseignante.... même si...
Pourquoi : je vais essayer de démontrer la spécificité de notre fonction par opposition à celle d'un bibliothécaire.
Titulaire d'un CAPES, recrutée par le Men, j'ai un grade : professeur certifié classe normale. J'exerce dans un cadre qui est un établissement secondaire et à ce titre je dois connaître
- mes missions, (no comments pour l'instant)
- les textes de références : circulaires, programmes, référentiels, dispositifs,
- le fonctionnement de mon établissement,
- du budget,
- le projet d'établissement
- les ressources,
- les personnels et leurs fonctions.
Et à ce titre je suis rémunérée selon l'échelle CAPES...
Par contre, je ne connais pas les ressources, la hiérarchie etc... de ma bibliothèque préférée : j'aurai besoin d'un complément de formation pour y exercer. Et inversement pour mes bibliothécaires préférées.... et id pour l'enseignement privé dont je ne connais absolument pas la structure...
Un aspect évoqué dans les différents commentaires est celui du domaine d'intervention pédagogique. Et là, je ne suis pas tout à fait d'accord avec Mme Bégué. il y a certes, des compétences transdisciplinaires : elles peuvent être transmises par tout enseignant (ou autres intervenants) même si elle ne sont pas explicitement inscrites dans les programmes disciplinaires mais sous-jacentes et doivent être vérifiées si elles sont nécessaires à la réalisation d'un exercice (notion de pré-requis, valables pour les 3) il y a aussi les compétences interdisciplinaires : Là, la coordination entre collègues devient indispensable soit pour éviter les redites et la perte de temps, soit pour, au contraire, "enfoncer le clou". c'est selon... mais en ce qui concerne les compétences disciplinaires : je rejoins Alice. Une anecdote : septembre 2007. une collègue d'anglais au CDI explique à une élève qui voulait aller sur un site internet, où il faut écrire l'adresse UFR.... La bonne volonté ne suffit pas toujours et souvent entraîne des désordres, des mauvaises habitudes et au final beaucoup de souffrance pour les enseignants mais - et c'est ce qui me concerne : pour les élèves. Je parle en connaissance de cause et je fais partie des "pas-jeunes collègues" mais néanmoins néo-titulaires en doc qui ont découvert que les collègues attendaient d'autres compétences que celle d'une enseignante et d'une gestionnaire de centre de documentation et j'ai repris un CDI sinistré. Il y a des révélations qui font mal (autre débat : de l'importance d'un personnel qualifié)... Par contre je suis de plus en plus convaincue de l'importance de notre fonction pédagogique. Car s'il est tout à fait vrai que l'apprentissage nécessite temps et répétition et que l'interrogation de Mme Bégué sur l'impact des "cours de CDI obligatoires en 6e" est légitime, faut-il pour autant renoncer à tracer le premier sillon ou à planter la première graine ? Et je ne parle pas de former de futurs doc dès la 6e : mon métier d'enseignante m'amène à extraire, choisir, mettre en oeuvre, expliciter, voire parfois simplifier des notions souvent complexes mais nécessaires pour que les élèves construisent leur autonomie. Et en 6e, ce qu'ils ont envie de grandir...ben ça : c'est un boulot de prof ! enfin, d'enseignant ! Cela fait même de moi une bien mauvaise doc (sens strict) puisque pour leur permettre d'exercer leur nouvelle autonomie, je "tord" une des sacro-saintes règles de la bibliothéconomie et je fais des résumés de fictions dans ma base et je simplifie la CDD ou la CDU pour que mes élèves s'y retrouvent : j'adapte. Bon, les bibliothécaires aussi, parfois, enfin pas les résumés de fiction...
Je crois qu'il ne faut pas mélanger la nature des problèmes que les docs rencontrent. Je peux " déléguer" tel travail sur BCDI à une collègue formée. Face à la charge de travail hebdomadaire, et comme je ne dispose pas d'un "retourneur de temps", il faut se donner les moyens que la priorité soit assurée : la formation des élèves. Et à ce titre, il m'arrive de former les collègues : alors formateur de formateur ?? autre débat. La charge de travail est donc un aspect du problème. Et la grande injustice est que nous ne pouvons matériellement pas offrir la même formation à tous les élèves. Ce n'est pas un échec des prof/et/ou/e-doc : mais de l'institution et je remonterai plus loin que M. Ferrier en me référant à la circulaire de mission qui, elle, date de 1986 ! 21 ans !
Un autre aspect est évoqué par Sylvie Bégué dans l'exemple de la collègue s'est vu imposé la fonction de prof principal par son chef d'établissement. J'ai vérifié ce que je savais pour avoir exercé cette fonction en tant que prof d'anglais : il s'agit tout simplement d'un abus de pouvoir. (je peux fournir les liens et les textes de référence...) Et là question qui se pose doit être débattue en d'autres instances : mais ce ne sont pas les revendications des doc qui font que d'aucuns, chefs ou gestionnaires, abusent de leur autorité, usent du chantage, de la menace ou se laissent aller aux insultes.... et, incidemment mais pas innocemment, je vous rappelle que nous avons le même corps d'inspection que les chefs d'établissement (à mon grand regret : autre débat).
Quant à ce cri du coeur : passer le CAPES de doc pour ne pas enseigner ! je m'interroge. Quel vécu d'élève ou d'enseignant, quelle situation en salle de classe, en salle des profs ou à la cantine, ont pu la générer. j'ai souvent ressenti un malaise face aux propos tenus par mes congénères : mais ils n'engagent que ceux qui les profèrent, pas une profession entière... Et ce sont souvent des individus en grande difficulté qui se réfugient derrière les poncifs, les pratiques figées ou l'autorité abusive... (autre débat : la formation continue)
Pour conclure ce déjà trop long post : j'ai choisi de passer le CAPES de documentation pour enseigner différemment. (Ah, les mots... M. Ferrier, je n'ai pas "bénéficié" du Capes, j'ai bossé et concouru... ;-)) Parce qu'il est vrai qu'une salle de classe est un espace réducteur surtout en langues vivantes où, quelques soient les trésors d'imagination que vous pouvez déployer, les situations seront toujours factices. Alors qu'au CDI... Je reste convaincue que le "travail" mené au CDI peut être un élément de réponse face à l'échec scolaire.
Et la littérature jeunesse dans tout cela : j'aime lire et j'ai toujours aimé. Je cherche toujours et encore à comprendre ce qui peut entraîner un tel rejet chez les jeunes et en premier lieu comment arriver trouver l'élément déclencheur pour faire lire sans souffrir ? (Question : prof de LP, j'étais Anglais-Lettres et j'ai du "enseigner" le français à des élèves en très grande difficulté : comment évoquer les temps du récit, l'alternance passé simple/imparfait à des élèves qui n'ont que très rarement entendu des contes et qui n'ont pas cette "musique" dans l'oreille ?)....
Alors, permettez moi de faire appel à la littérature jeunesse pour signer : Claudie Schlosser, diplodocumentaliste.
(PS : je viens de résumer 8 pages de notes... on peut continuer sur d'autres listes ou en privé)
Ecrit par : Claudie Schlosser | 02/12/2007
Madame,
Je vous remercie pour votre riche et pétillante contribution. Il n'est parfois pas aisé de garder mesure et articulation dans un commentaire sur un sujet qui nous touche, mais il me semble que vous l'avez fait avec un art qui devrait susciter un prolongement du débat entre professionnels ou lecteurs intéressés.
Toutefois, et j'en suis quelque peu flatté, vous m'attribuez à deux reprises des propos, parfois non sans humour, qu'une relecture attentive du premier commentaire vous permettra de restituer à son véritable auteur, Mme Bégué, dont je n'ai fait que retranscrire un message afin de cadrer le débat avec les arguments, qui s'entendent fort bien aussi, de l'intéressée.
Cordialement,
Bertrand Ferrier.
Ecrit par : Bertrand Ferrier | 03/12/2007
J'ai la fâcheuse tendance, et il faudra décidément que je m'attelle à la tâche de la combattre, à ne pas me faire comprendre comme je le voudrais : je suis en total accord avec votre post, Claudie, et vous êtes parfaitement placée, vu votre parcours, pour sentir ce que je ressens. En ce qui concerne la spécificité de notre fonction par rapport à celle de la bibliothécaire, elle ne concerne que le cadre et le statut de la documentaliste, pas son action auprès des enfants et des jeunes. Certes, le public de la bibliothèque spécialisée est plus large , qui va du bébé à l'adolescent lycéen, voire à l'étudiant si l'on prend en compte l'allongement de la notion sociologique de jeunesse. Mais la bibliothécaire n'est-elle pas en charge de gérer un lieu de ressources, tous médias confondus, de former les usagers, d'assumer elle aussi une responsabilité dans l'utilisation de l'Internet par les jeunes, d'animer, en collaboration avec enseignants et documentalistes, la bibliothèque autour de tous les supports et de tous les genres notamment en Lije, de prévoir et de mener une politique documentaire dans le cadre d'un projet d'établissement, d'ouvrir la bibliothèque sur la ville, sur le pays et leur vie culturelle ? Cela vous rappelle quelque chose ? Je ne vois pas de différence fondamentale avec un CDI, hors structures, et je suis sûre qu'un documentliste du MEN peut sans souffrir intégrer un secteur jeunesse de médiathèque nonobstant un temps d'adaptation au fonctionnement du cadre et au nouveau statut. Le parcours "bibliothèques" de notre master préféré ne s'adresse-t-il qu'à un type de professionnel ? Et lequel ?
La situation professionnelle que vous évoquez dans votre message ne m'est pas inconnue : j'ai aussi "hérité", et plusieurs fois, d'un CDI "sinistré". Votre pratique pédagogique est proche de la mienne, évidemment. Je crois bien sûr qu'il faut former les adultes, nos collègues enseignants : d'ailleurs, ne vous semble-t-il pas aberrant qu'un adulte en situation pédagogique constante, formé à l'Université, ait du mal à interroger un fichier, à mener une recherche de bout en bout de façon autonome ? Ne bondissez vous pas lorsqu'un collègue vous envoie ses élèves chercher des documents sur un sujet sans vous avoir avertie ni avoir vérifié que le fonds est suffisamment riche et que les élèves ne courent ni à l'échec ni au découragement ? J'ai toujours été sidérée par la faiblesse des compétences doc. de nos collègues et ai donc toujours mené des "campagnes " de formation pour qu'ils soient autonomes au moins dans leur CDI, et qu'ils concourent à la formation de nos élèves. Rassurez-vous, lorsque je le peux (cela dépend de l'établissement), je mène des heures de formation en 6e, et avec grand plaisir, puisque c'est aussi un moment privilégié pour promouvoir la Lije et la lecture et j'ai eu de grands moments de bonheur avec la lecture d'un album Roca/Bernard par exemple ou d'un jeu sur les personnages de BD autour d'un chocolat chaud juste avant les vacances de Noël. Mais ces heures magiques pendant lesquelles on initie aussi aux fichier, mots-clefs, etc, je n'ai pu les mettre en place que dans un petit collège avec 3 classes de 6e seulement.Lorsque je suis arrivée dans un collège de 800 élèves, avec 8 classes de 6e, comment aurais-pu fermer le CDI 16 heures de la semaine (1 demi heure par classe de 6e, si l'on veut faire un travail correct, contraint d'ailleurs par le faible équipement) et empêcher les autres classes de venir librement ? Sur les 30 heures d'ouverture hebdomadaires, c'est impossible, sauf si l'on est deux docs. (oui, je rêve, je sais) et si l'on bénéficie de salles de travaux de groupes attenantes. Je connais un CDI de lycée (Pons, Charente-maritime) qui connaît un tel dispositif : savez-vous comment les documentalistes ont rebaptisé leur lieu ? MÉDIATHÈQUE !!! Et j'adhère parfaitement à ce choix, l'appellation CDI a vécu. Vous pouvez lire aussi dans les documents du Snes et leurs enquêtes sur notre métier, la question suivante :
Vous considérez-vous comme :
-professeur-documentaliste
- enseignant-documentaliste
- documentaliste
- bibliothécaire-documentaliste ?
Cela prouve que la question est dans d'autres esprits que le mien, non ? Une précision encore : lorsque j'écris que j'ai "bénéficié" du Capes, je signale simplement que j'ai eu la chance d'être lauréate de la première promotion (capes externe 1990), que j'ai "bossé et concouru" moi aussi, et dans des conditions particulières, puisque aucune université n'était prête, hors Lille 3, pour préparer les candidats : j'étais si motivée que j'ai quitté mes Pyrénées et ai couru en pays flamand. C'est grâce au formidable travail des collègues sollicitées et tirées de leur CDI pour nous former que j'ai obtenu le concours avec des notes plus qu'honorables et un bonheur immense. J'allais travailler en milieu scolaire, avec des enseignants et des élèves et je ne faisais aucun complexe d'être bibliothécaire-documentaliste.
Je crois que nos expressions respectives "je ne voulais pas enseigner" et "je voulais enseigner autrement" relèvent d'expériences différentes mais se rejoignent sur le fonds.
Je vous rassure sur ma santé psychologique : j'ai un moral d'acier, j'adore ce métier, quelle que soit son appellation ; le CDI, comme toutes les bibliothèques, est un lieu de grand bonheur puisqu'il me permet de vivre au mileu des jeunes et des livres (et je ne vous parle pas de la BCD dont j'ai tâté l'an dernier). Restent les questions de l'ordre de l'institution : prof. principal ou non (certains docs. revendiquent cette fonction, lisez les messages de cdi-docs), inspection spécifique (que je souhaite), cela est un autre débat.
Je dois vous laisser pour retourner à mes chères études, mon directeur de thèse me surveille !!
Très cordialement,
Sylvie Bégué,
bibliothécaire-documentaliste (décalée, et qui doit envisager une reconversion ?)
Ecrit par : Sylvie Bégué | 03/12/2007
Madame Bégué,
Le débat sur le statut et les compétences des documentalistes n’est pas nouveau, et nous ne le résoudrons pas ici. Je ne peux m’empêcher cependant de réagir à certains de vos propos.
Vous dites qu’il n’y a aucune honte à porter le « terme » de bibliothécaire. Certes, c’est même une reconversion que j’envisage, c’est dire si cette noble profession ne m’inspire aucun mépris ! Mais il n’y en a pas non plus à porter celui de professeur… Or, il se trouve que c’est à ce titre que nous sommes recrutés. Il me semble d’ailleurs qu’il y a une forme de malhonnêteté intellectuelle – ceci dit en toute amitié, chère collègue – à passer un CAPES (pour mémoire : certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement secondaire…) pour en réfuter ensuite les attributions. Les documentalistes sont, de fait, membres du corps enseignant, ce qui n’est pas le cas de nos collègues infirmiers ou surveillants : cela ne signifie aucunement que nous ne devons pas travailler ensemble à des objectifs communs, puisque nous sommes tous membres de l’équipe pédagogique de l’établissement, mais que nos missions sont différentes.
De même, assimiler purement et simplement les compétences et les rôles respectifs des bibliothécaires et des documentalistes, c’est ignorer les spécificités des lieux où ils exercent et des publics qu’ils accueillent. Faut-il rappeler que nous n’avons pas affaire à des « usagers » mais à des élèves et à du personnel éducatif, au sein d’établissements dont la vocation est avant tout pédagogique ?
Par ailleurs, une omission me semble révélatrice dans vos propos, c’est la notion de « savoir » ou de « concept ». Le rôle de l’enseignant documentaliste ne saurait se borner la transmission des « savoir faire » ou de « compétences », dont effectivement d’autres personnes dans l’établissement peuvent se charger. Notre rôle pédagogique se situe ailleurs, dans la transmission de savoirs info-documentaires spécifiques. Pour prendre un exemple concret, il s’agit moins d’apprendre à nos élèves à utiliser un moteur de recherche que de leur expliquer ce que c’est et comment cela fonctionne, ce qui suppose d’aborder des notions parfois complexes – la notion d’indexation, par exemple. Les recherches récentes de Pascal Duplessis et Ivana Ballarini sur la didactisation des savoirs en information documentation apportent un éclairage intéressant sur l’importance de cet apprentissage dont personne, à part le documentaliste, n’est en charge au sein de l’établissement scolaire. Renoncer à cette mission, c’est se résoudre à ce qu’un accès éclairé à l’information soit l’apanage des élèves qui y sont formés en dehors de l’école…
Il est vrai qu’en l’état actuel du recrutement, il est parfois difficile de remplir nos missions pédagogiques auprès de tous les élèves : faut-il en prendre acte et renoncer à remplir ces missions ? Faut-il au contraire se battre pour pouvoir exercer notre métier dans toute sa diversité et dans de meilleures conditions ?
Pour l'institution, en tout cas, nous ne sommes plus ni bibliothécaires, ni professeurs (cf. protocole d'inspection et propos d'IPR) mais invités à nous transformer en "chefs de projets", en "conseillers techniques des chefs d'établissement", c'est-à-dire en cadres administratifs, dont les missions s'exerceront bien loin des lieux (quel que soit le nom qu'on leur donne : CDI, médiathèque...) que vous souhaitez gérer et animer... Et la littérature de jeunesse n'a rien à y gagner!
Bien cordialement,
Hélène Bartoli
Ecrit par : Hélène Bartoli | 04/12/2007
Juste un copier-coller d'un message lu ce soir sur cdi-docs puisque je n'arrive pas à me faire comprendre, et j'y renonce en fait.
"Une anecdote à propos de notre statut de professeur. La semaine avant les vacances de Toussaint, nous avons mis en place un suivi individuel d'orientation pour nos élèves de 3e DP6. Avec les deux enseignants de découverte professionnelle, nous organisons des entretiens avec chacun huit élèves. L'un de mes collègues présente aux élèves le suivi individuel et leur explique qu'ils seront répartis entre les trois professeurs. Réaction des élèves : trois ? J'ai donc dû leur expliquer que j'avais un concours de professeur documentaliste (j'aurai peut-être dû commencer par là à la rentrée...). Le comble : des trois enseignantes, j'étais la seule titulaire d'un concours de professeurs. Mes deux collègues sont DA.
L'ignorance des élèves est bien excusable mais celle de nos collègues de discipline est plus grave et plus fatigante..."
Je suis certaine que tout le monde aurait compris, même les élèves, si on leur avait indiqué que deux professeurs et la documentaliste organisaient les entretiens. Et je persiste à croire qu'un "concours de bibliothécaire-documentaliste de l'Éducation nationale" aurait suffi à éviter ce genre de situations peu claires tout en induisant les missions et compétences pédagogiques qui sont les nôtres (mais dois-je m'inclure encore dans la famille des docs de L'EN ?) . Toute la confusion vient des termes employés et je trouve grave, mais pas étonnant, de lire encore ce genre de témoignage 17 ans après la naissance du concours.
Ceci dit pour en finir avec ce sujet sur lequel je dois constater que je suis en total décalage ... mais droite dans mes bottes.
Bien cordialement,
Sylvie Bégué.
Ecrit par : Sylvie Bégué | 04/12/2007
Madame,
J'ai l'impression que votre propos a le double avantage de la clarté et de la clarification. Clarté du fond, clarification de ses implicites. Je vous remercie d'avoir suscité et animé avec modération et précision une telle polémique. On comprend qu'elle ne puisse aboutir à la conciliation de deux conceptions opposées. Souhaitons qu'elle permette à l'ensemble des parties en présence de comprendre les postures des autres, afin qu'il n'y ait ni vainqueur subtil ni convaincu, mais bien choc des idées et fracas des convictions, qui laissent subodorer, même aux non-profs, non-documentalistes, de sentir les enjeux consubstantiels, eh oui, de certains sujets épineux.
Cordialement,
Bertrand Ferrier.
Ecrit par : Bertrand Ferrier | 04/12/2007
En tant que fidèle lectrice du blog de monsieur Ferrier, et des commentaires qu’il suscite, je me permets de donner ici mon avis de profane – d’aucuns diraient de « non-concernée », et ma foi je ne saurais leur donner tort ! Néanmoins, il me semble intéressant d’expliciter mon ressenti d’ancienne élève, usagère du CDI de surcroît, justement parce que je ne suis pas professionnellement concernée, et accessoirement pour soutenir madame Bégué : non Sylvie, tu n’es pas complètement décalée ! Dans ton dernier message, tu as proposé le titre de « bibliothécaire-documentaliste de l'Éducation nationale », voilà qui serait déjà beaucoup moins déplaisant (et vilain !) que « professeur-documentaliste ». Personnellement, je préfèrerais celui de « bibliothécaire en milieu scolaire », et ce pour deux raisons : 1) le terme « bibliothécaire » me semble plus valorisant que celui de « documentaliste » ; 2) la précision « en milieu scolaire » implique automatiquement des missions pédagogiques qu’une bibliothécaire en milieu non-scolaire peut choisir de remplir (doit-on être pédagogue pour apprendre à se servir d’un ordinateur ? à comprendre un classement ?), ou pas justement, tout en évinçant l’inacceptable concept d’Éducation nationale. Il ne s’agit donc pas plus pour moi que pour Sylvie de dépouiller les bibliothécaires en milieu scolaire (disons BMS pour simplifier) de leur rôle pédagogique auprès des élèves, lequel inclus obligatoirement savoir-faire et savoir-être, et surtout implication dans les projets d’établissement. Toutefois, je considère moi aussi que le travail de ceux (celles)-ci n’a rien à voir avec celui d’un enseignant (inutile de préciser « de discipline »). Je ne connais pas les raisons qui ont présidé au choix de l’appellation « professeur-documentaliste » (envie de nouveauté ? de brouiller les cartes ? volonté d’adoucir quelque frustration ? raison qui serait la plus probable s’il on retient les propos de madame Isabelle S. : « je voulais (...) compléter ton intervention afin de ne pas réduire notre métier à celui d'animateur ou gestionnaire de centre ». Animateur/gestionnaire, n’est-ce pas suffisamment valorisant ?) – et il m’importe peu de les connaître –, toujours est-il qu’elle me semble à la fois réductrice et dangereuse (voire insultante !). Ne nous embarrassons pas de définitions savantes alors que les auteurs pour la jeunesse savent si bien attribuer à leurs héros les pensées les plus simples. La bibliothécaire de Gudule résume sa vie en ces termes : « j’ai vécu dans les livres. Je les connais tous, comme un jardinier connaît chaque fleur de sa serre, chaque massif de son jardin. Ils n’ont pas de secret pour moi » (in : « La bibliothécaire », Hachette jeunesse, 1997, p. 32). Pensez-vous qu’un professeur puisse se vendre de la sorte, d’un point de vue définitionnel ? N’ôte-t-on pas aux bibliothécaires leur raison d’être en leur conférant un titre aussi repoussant et réducteur que celui de professeur (rappel : un enseignant enseigne dans les limites d’un programme imposé) ? Le personnage de Guillaume, en entrant dans la bibliothèque, se dit : « Tout le savoir du monde semble rassemblé ici », (p. 23). Personnellement, je ne me rappelle pas avoir eu cette impression en entrant dans une salle de classe ! Par ailleurs, je vous avoue mon inquiétude à la lecture de propos tels que « il s’agit moins d’apprendre à nos élèves à utiliser un moteur de recherche que de leur expliquer ce que c’est et comment cela fonctionne. (...) Renoncer à cette mission, c’est se résoudre à ce qu’un accès éclairé à l’information soit l’apanage des élèves qui y sont formés en dehors de l’école ». N’est-ce pas là se moquer des bibliothécaires ? Car si dans le cadre des missions pédagogiques qui lui sont confiées, le (la) BMS se doit effectivement de guider (sur un laps de temps assez court, reconnaissons-le) l’élève qui utilise un ordinateur pour la première fois, ou qui s’élance dans les allées labyrinthiques de l’outil Internet, je refuse d’assimiler cet acte à une quelconque leçon obligatoire (donc évaluée) donnée en classe par un prof ! Surtout que, comme le souligne madame Bégué, les BMS ne sont pas les seuls adultes d’un établissement scolaire à pouvoir transmettre un tel savoir-faire. Et quand bien même ils le seraient, les personnels de bibliothèques/médiathèques municipales, hors milieu scolaire donc, peuvent transmettre à tous, qu’ils soient enfants, adolescentes ou adultes, le même savoir-faire. Madame Reibel s’interrogeait alors sur les différences qui existent (ou pas, selon elle) entre les compétences pédagogiques des enseignants et celles des bibliothécaires. Je crois qu’il s’agit moins de compétences que de missions. Je ne suis pas seule à avoir fréquenté (même sporadiquement !) les salles de classe, vous admettrez qu’il y a grand nombre d’incompétents à enseigner. Il n’empêche que leur rôle est le même que celui des professeurs « de qualité » (!). Un enseignant, quel qu’il soit, enseigne, c’est là son seul usage (comme un vélo sert... à faire du vélo). Considérer le (la) BMS comme un enseignant, n’est-ce pas lui confisquer toute la spécificité, et l’étendu surtout, de sa profession ? Car sa marge de manœuvre est considérable, ses missions aussi diverses qu’inattendues : apprendre à chercher, conseiller, guider, transmettre (éventuellement) le goût de la lecture (qui n’est absolument pas – qui ne devrait pas être ? – dévolu aux pédagogues !), etc. Je me permettrai de citer Madame Schlosser à ce sujet : « Je reste convaincue que le "travail" mené au CDI peut être un élément de réponse face à l'échec scolaire. » N’est-ce pas justement parce que le (la) BMS n’est pas un professeur aux yeux des élèves ? À compétences pédagogiques égales, un professeur ne doit pas remplir les mêmes missions qu’un (une) BMS, et inversement. Et je ne parle pas des pseudos « cours de documentation ». S’il vous faut flatter les « documentalistes » de l’Éducation nationale, évitez de leur attribuer des compétences absurdes et un savoir-faire que peut posséder n’importe quel idiot ! Vanter plutôt la spécificité de leur mission (donc de leur savoir) par rapport aux corps enseignants/aux bibliothécaires extérieur(e)s. « Je cherche toujours (...) à comprendre ce qui peut entraîner un tel rejet [de la lecture] chez les jeunes et en premier lieu comment arriver [à] trouver l'élément déclencheur pour faire lire sans souffrir », a écrit madame Schlosser, pour ma part, je doute que le fait de considérer les bibliothécaires/documentalistes en milieu scolaire comme des profs vous fera trouver la réponse. La pédagogie n’est pas la clé de tout (et professeur certainement pas « le plus beau métier du monde », comme vous semblez le penser : « Quant à ce cri du cœur : passer le CAPES de doc pour ne pas enseigner ! je m'interroge. Quel vécu d'élève ou d'enseignant, quelle situation en salle de classe, en salle des profs ou à la cantine, ont pu la (sic) générer. »)
C'était ma contribution de Moldue à ce débat polémique !
Néanmoins cordialement,
Rozenn Douerin.
P.S. : je n’ai jamais suivi de « cours de documentation » dans les CDI que j’ai fréquentés, (d’accord, j’ai planté l’ordinateur quand j’étais au collège, mais j’ai fini par apprendre toute seule comment il fonctionnait !), et je n’ai jamais pensé que les « documentalistes » (selon le terme consacré) étaient des profs, sinon vous pensez bien que je n’y serais jamais retournée !
Ecrit par : Rozenn Douerin | 05/12/2007
Ha ! Qui a dit que les mémoires mis en ligne n'intéressaient personne ? On peut certes regretter que le contenu du travail de Mme Bégué soit moins interrogé que l'explicitation qu'elle en a proposée - mais c'est logique... Il est sain que, pour ou contre, professionnelle ou non, chacun trouve ici un espace de dialogue où engagement et mesure se côtoient.
Pour sourire, on peut ajouter à vos références, Mlle Douerin, le bruélique "Profs" qui pose cependant plus de questions qu'il n'en résout. Parmi celles-ci : un cdiste a-t-il le droit de jouer au tarot au détriment des conseils de lecture ? un cdiste doit-il accepter de n'être qu'un délivreur d'ouvrage au détriment de son sens inné du conseil (consistant à donner le premier parallélépipède rectangle qui lui tombe sous la main) ? un cdiste doit-il être le seul à avoir la clé de la photocopie ? Assurément, la représentation des professeurs documentalistes (mais l'étaient-ils déjà ?) ne sort pas grandie de cette déjà lointaine production !
Heureusement, la morale qui règne sur les livres pour la jeunesse représente plutôt les acheteurs et diffuseurs de livres sous des angles favorables - ainsi de la bibliothécaire-jardinière qui fait les beaux jours de Gudule. Eh oui, pour vendre longtemps, il faut ménager ses acheteurs. Ce sera la conclusion de ce commentaire cursif.
Cordialement,
Bertrand Ferrier.
PS : je précise que, contrairement à ce que pourrait laisser supputer le dernier paragraphe, je ne confonds nullement bibliothécaire et prof-docu. Les uns sont plus... et en même temps... Tandis que les autres sont moins... mais aussi... Enfin, ce n'est pas pareil du tout !
Ecrit par : Bertrand Ferrier | 05/12/2007
Monsieur,
Vous m'étonnerez toujours ! Quelle culture !
Et surtout, quel sens de la médiation ! J'avais oublié ce presque-bon film qui illustre pourtant parfaitement le débat qui nous occupe, sans toutefois donner raison ou tort à l'un ou l'autre des parties. Quoique... Il convient de préciser, pour ceux qui ne le connaissent pas, que la "prof-docu", Josiane (qui fréquente donc la salle des profs, mais pas les conseils de classe !) paye le prix fort sa fière appartenance au corps enseignant, laissant monsieur Sèze, le bibliothécaire "tranquille-pépère", mais néanmoins sympa (et accessoirement bricoleur), remporter haut la main la bataille. Exit Josiane, donc, "la seule préposée" à la photocopieuse. Triste destin que celui d'un prof (mais tellement drôle !)
Alors, "ça y est, vous êtes calmés ? Oui, oui, oui, ben non, non, non."
Cordialement, mais précipitamment car je vais à la "bibliothèque",
Hermione Granger.
Ecrit par : Rozenn Douerin | 05/12/2007
Chère Hermione,
Je crains que vous ne confondiez les profs de musique type Marie Klimt, les conseillères d'orientation type Evelyne Picard et les professeurs documentalistes. Et pour répondre à votre allusion (que les profanes décrypteront en surfant sur http://www.julie-ferrier.fr/), non, Julie n'est pas ma mère, c'est très méchant comme question, je pense qu'elle n'apprécierait pas.
De surcroît, dans ma galerie d'enseignants, ma proférée, si j'ose dire, reste Mme Bijou, cette maîtresse qui, pour donner une leçon de sci(l)ences à ses élèves, prend l'ordinateur qu'on vient de lui livrer au trentième étage, le jette par la fenêtre et conclut : "ça, c'est la gravité" (Louis Sachar, "L'école déménage", Bayard Jeunesse, coll. "Délires").
Mais cela a-t-il encore quelque chose à voir avec le sujet ? Craignant que non, je clos, pour ma part, ma discussion sur la BCD.
Cordialement, chère Hermione,
Bertrand Ferrier.
Ecrit par : Bertrand Ferrier | 05/12/2007
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